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Laureline Mattiussi : des filles, des pirates et des poulets

18 janvier 2010 |

mattiussi_introElle vient d’obtenir le Prix Artémisia de la bande dessinée féminine pour son deuxième album (seulement!): L’Île au poulailler, une trépidante aventure de pirates, avec une fille comme capitaine de navire – ce qui prouve que ça ne porte pas toujours malheur. Laureline Mattiussi est également nominée à Angoulême pour cet excellent livre, paru en mai 2009 chez Treize étrange. Autant de bonnes raisons de rencontrer cette jeune auteure de 31 ans, qui travaille dans le même atelier bordelais que David Prudhomme et Nicolas Dumontheuil, notamment.

mattiussi_capitainePourquoi raconter une histoire de pirates?
Pour la révolte d’abord ! Et surtout pour cette dualité propre au monde de la piraterie: l’obsession de la liberté et la profonde désillusion par rapport à la vie. Car si les pirates prennent la mer pour s’émanciper de la société terrestre, ils sont finalement contraints de recréer une forme de société… L’autre aspect qui m’intéresse dans les histoires de pirates, c’est l’excès dans lequel ces hommes vivent. Ils sont en permanence aux prises avec leur mort à venir, alors tous leurs actes sont exacerbés, extrêmes. Quand ils mangent, ils mangent pour dix, quand ils forniquent, ils forniquent pour mille !

Vous êtes-vous beaucoup documentée sur le sujet ?
J’ai lu beaucoup de choses, mais je n’ai pas vraiment retenu les dates ou les faits historiques précis. J’ai surtout été marquée par une manière de penser, une intention, une énergie. Un élan vital extraordinaire.

mattiussi_pirates

Les pirates étaient-ils un rêve d’enfant pour vous ?
Oui, j’adorais déjà ces histoires étant petite. Le rapport des pirates à l’enfance est d’ailleurs étonnant. Ce sont des personnages de lectures d’enfance, comme L’Île au trésor par exemple, dont le héros est un jeune garçon. mattiussi_sauteEt puis les pirates représentent ce fantasme d’aventure et de liberté qu’ont les gosses, comme les cow-boys ou les bandits.

Les pirates d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux d’hier ?
Je pense, oui. Ceux du XVIIIe siècle sont vus à travers le prisme de la littérature, ils ont un côté romanesque. Mais, dans la réalité, ils devaient être comme les pirates contemporains, des hommes extrêmement pauvres qui n’avaient pas d’autre solution que choisir cette vie. Les pirates sont symptomatiques d’une société profondément inégalitaire.

Quelles sont vos références graphiques ou littéraires en matière de piraterie ?
Les illustrations de Howard Pyle et de son élève N.C. Wyeth, deux artistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Mais aussi les livres de Gilles Lapouge ou Pierre Mac Orlan. Je n’ai pas encore lu l’adaptation qu’a fait Riff Reb’s de À bord de l’Étoile Matutine, mais j’ai hâte car le roman de Mac Orlan est extraordinaire.

Malgré toutes ces références, vous ne situez pas vraiment votre histoire dans un temps précis…
mattiussi_pouletsC’est vrai, parce que je pense que le pirate n’entretient justement pas de lien avec l’Histoire. Il meurt d’ailleurs en général sans sépulture et sans descendance légitime…

Ce détachement du monde terrestre donne justement un aspect fantastique à L’Île au poulailler.
Oui, sans doute. Ce parti-pris fantastique sera plus clairement affirmé dans le second tome. Mais attention, ce sera plutôt du réalisme fantastique, à la manière des écrivains sud-américains que j’aime beaucoup.

Pourquoi avoir choisi une fille plutôt qu’un garçon comme personnage principal ?
Et pourquoi pas ? C’est l’avantage de la fiction, on peut prendre des libertés avec l’Histoire. Et c’est aussi une forme de provocation, car les femmes étaient censées porter la poisse à bord des navires. Moi, j’en ai même fait un capitaine de vaisseau pirate ! Mais attention, je ne m’identifie pas totalement à elle, en tout cas pas plus qu’aux autres personnages. Il y a un peu de moi-même dans chacun.

mattiussi_abordage

Que vous inspire le Prix Artémisia de la bande dessinée féminine, que vous venez de recevoir ?
Je suis naturellement très contente d’avoir reçu ce prix, mais je ne revendique rien de spécial, je le prends de manière très simple. Il y a de plus en plus de filles dans la BD et c’est très bien, car quand un médium se métisse, se mélange, s’ouvre, il devient plus intéressant. Je pense aussi que le jury d’Artémisia, en primant L’Île au poulailler, a voulu montrer que les filles peuvent aussi créer des histoires d’aventures, et pas seulement des récits intimistes ou des témoignages, genres dans lesquelles elles ont brillé ces dernières années. mattiussi_langue Mais je ne me pose pas en tant que femme-auteure, je pense que la création va au-delà des sexes. Toutefois, on ne peut pas faire comme si le monde était totalement égalitaire, comme si il n’y avait jamais eu de discrimination envers les femmes.

Quels sont vos projets ?
Le second tome de L’Île au poulailler va sortir en mars ou avril. Ensuite, je devrais travailler avec un scénariste, Sol Hess, qui vient du milieu de la musique et de la vidéo, et qui n’a encore jamais écrit de bandes dessinées. Ce sera une histoire qui se déroule dans les bas-fonds de la Rome Antique, avec des choses assez licencieuses probablement…

Propos recueillis par Benjamin Roure

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L’Île au poulailler #1.
Par Laureline Mattiussi.
Treize étrange, 15 €, mai 2009. Tome 2 attendu pour mars-avril 2010.

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Images © Laureline Mattiussi / Treize étrange – Glénat

Photo Esby

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