Marly ou la neige en été
Marly vient de naître, elle fait la fierté de sa mère et la joie de ses frères et sœurs. Même si elle est toute chétive et maladroite. Ah oui, pardon, Marly est une locomotive, destinée à accomplir de longs trajets sur la ligne Nord, une fois qu’elle aura grandi et appris. Mais ce n’est pas si simple de devenir une reine du rail, et puis c’est un peu ennuyeux, aussi, de rouler toujours tout droit et de respecter toutes les consignes. Un peu de rêve et de fantaisie ferait du bien, non ?
Venu de l’animation, Emmanuel Lantam, qui avait déjà publié Gros bisous chez Réalistes, développe un récit fleuve dans un style hybride entre l’album jeunesse et la BD expérimentale, comme un songe éveillé. Dans un petit format (cartonné et plus grand que les mini-poches habituels de l’éditeur), il tisse son récit à partir de grandes cases, 2 ou 3 par pages, souvent panoramiques, ou même de grandes illustrations sur une double-page. Le rythme est délayé et propice à ces saynètes familiales absurdes, où la jeune loco tente d’imiter maman, mais finit par vagabonder, s’envoler, dérailler, s’émanciper d’une manière inédite. Cette histoire en forme de conte, fortement teintée d’onirisme, est intrinsèquement liée à son graphisme, quelque part entre Winsor McCay et Jérémie Moreau, avec un petit côté dessin animé américain de l’entre-deux-guerres : empli de fantaisie, de bizarrerie et d’inventivité, il déstabilise, touche, fait rire, laisse circonspect parfois, mais envoûte au final, notamment car l’objet livre est soigné et qu’il est toujours agréable de voyager en terre inconnue. Une BD ovni qui mérite bien plus qu’un coup d’œil.






Publiez un commentaire