Arrière-cuisine
Claudia est la cheffe d’un restaurant à la mode à Londres, et elle est pressentie pour participer un concours prestigieux. Une belle consécration pour celle qui vit encore dans l’ombre de la renommée de son père, cuisinier étoilé retraité et qui ne manque jamais de lui mettre la pression. Sa réussite, Claudia la doit aussi à son équipe : sa binôme Lisa, aussi dévouée au restaurant qu’à sa famille (ce qui est semble tout simplement surhumain), et son barman Ben, la voix de la bienveillance et de la raison qui cherche à faire comprendre à ses parents qu’il mérite leur confiance. Tout pourrait aller parfaitement pour cette petite bande enjouée, mais des fissures sous les sourires se font jour, et Claudia semble traîner un fardeau de plus en plus lourd pour elle…
Inspirée par la figure du cuisinier-auteur-star de la télé Anthony Bourdain, retrouvé pendu à l’âge de 61 ans, l’Anglaise Katriona Chapman signe un récit très réaliste autour de la quête de sens d’un trio attachant. Avec au centre, une jeune femme qui a accompli son rêve de tenir un restaurant et de régaler ses convives, mais qui semble toujours courir après le temps et subir des injonctions multiples. Pour elle, mais aussi pour ses camarades du restaurant, le poids de famille (ici, un père autoritaire et dénigrant, là un frère aigri et manipulateur, plus loin des parents bornés) semble difficile à porter et la lassitude gagne. Sans doute parce que Claudia, Lisa et Ben n’ont jamais pris le temps de bien comprendre les raisons de l’attitude de leurs proches, afin de réagir et de s’en émanciper. Raconté avec douceur mais aussi une forme de pesanteur, à la fois dans le rythme et le dessin rond aux couleurs texturées, Arrière-cuisine saura parler à toutes celles et ceux soutenant une charge mentale trop forte, et regardant leurs rêves s’évaporer. Toutefois, l’album souffre paradoxalement de trop coller à un quotidien de fatigue et de galère assez banal, et de dialogues plutôt plats. Les pages, les séquences s’enchaînent avec fluidité, mais dans un ronronnement que ne vient jamais secouer un rebondissement inattendu. Dès lors, s’il on est touché par le destin de cette arrière-cuisine, on n’est guère surpris ni submergé d’émotion. Comme un bon plat, bien exécuté et assaisonné, mais sans relief particulier…






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