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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | December 10, 2018

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Batman White Knight

30 novembre 2018 |
SERIE
Batman White Knight
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
COLLECTION
PRIX
22.50 €
DATE DE SORTIE
26/10/2018
EAN
B074JS9Q6Q
Achat :

Sean Murphy a de quoi agacer, c’est certain. À 38 ans, non content de figurer parmi les plus brillants (et prolifiques) dessinateurs de sa génération, l’homme n’est pas non plus maladroit au scénario. Depuis une dizaine d’années, il fait partie de la poignée de superstars de l’industrie des comics autorisés à alterner en toute liberté entre romans graphiques (Punk Rock Jesus), séries propriétaire (Tokyo Ghost, The Wake) et grosses licences DC/Marvel. Le voir s’attaquer seul (avec tout de même son fidèle et talentueux complice Matt Hollingsworth à la couleur), sans fausse modestie, à un grand récit complet de Batman façon Frank Miller, a fait enrager les haters dès l’annonce du projet. Huit chapitres plus tard, réunis en intégrale chez Urban, Murphy met tout le monde d’accord : son White Knight intègre direct le cercle fermé des classiques batmaniens, aux côtés de Dark Knight Returns ou Un Long Halloween. Comme dans The Killing Joke d’Alan Moore, Murphy donne la vedette au plus grand vilain de Gotham City, le Joker. Et en livre une vision inédite qui devrait faire date en mettant aux manettes, une fois n’est pas coutume, l’accent sur son alter ego sain d’esprit, Jack Napier, à la faveur d’un traitement miracle ayant mis le clown psychopathe en sommeil.

batman_white_knight_image1L’idée force de Murphy, qu’on avait déjà lue chez d’autres mais jamais poussée à ce point, est la suivante : et si le Joker était, au-delà de l’agent du chaos qu’on connaît, la seule force, capable de ramener l’ordre en cas de pétage de plomb de Batman ? Les deux faces d’une même médaille unies par une relation d’amour-haine toujours passionnante à décrypter. Dans cette version de Gotham City, le Chevalier Noir est à bout, chagrin et de plus en plus brutal. L’opinion publique et, même, la police, commencent à se retourner contre lui. L’auteur prend parfois des raccourcis scénaristiques abrupts et aurait pu prendre plus le temps de préparer les revirements brusques de certains protagonistes, notamment des alliés historiques de Batman qu’on imaginerait un peu plus solidaires de leur vieil ami. À Gotham, ce n’est pas la gratitude qui étouffe visiblement et tout cela profite évidemment à un Napier qui va, en désignant Batman comme l’ennemi public et en l’isolant, s’ouvrir une carrière politique et se poser en sauveur pour Gotham.

Là où White Knight épate, c’est que Murphy ne donne pas totalement tort à Napier et se permet même – crime de lèse-majesté – de relativiser les bienfaits de la famille Wayne sur Gotham, mettant par exemple en lumière un quartier pauvre et majoritairement noir de la ville, Backport, à qui la guerre contre le crime n’a jamais été d’un grand secours. Murphy assume la part politique de l’ouvrage et notamment son titre très chargé en VO, ne reculant pas devant la question raciale et celle des brutalités policières. L’ombre de Christopher Nolan et de sa trilogie cinéma aux accents réalistes plane évidemment sur l’ouvrage et Murphy ne le nie pas, allant jusqu’à faire figurer le design char d’assaut de la Batmobile de Batman Begins. Mais pas seulement. Grand amateur de gros cylindres, l’auteur s’est fait plaisir pour convoquer à peu près tous les designs historiques du véhicule et aussi tous les looks du Joker dans un festival de clins d’œil graphiques au glorieux passif ciné, télé et BD de la franchise. Ce désir de tout mettre, tout référencer, tout commenter et marquer de son empreinte peut là encore fatiguer, mais comment ne pas être étourdi devant l’ambition, l’audace teintée d’un respect absolu pour le matériau (parfaite approche d’Harley Quinn) et comme d’habitude avec Murphy, la quantité astronomique de boulot abattu, notamment dans le feu d’artifice final aux planches ahurissantes. White Knight a vocation à exister par lui-même dans la grande tradition des one-shots Batman de prestige, mais certains de ses choix scénaristiques engagent de manière si radicale DC que l’éditeur va avoir du mal à passer derrière. D’ailleurs, une suite est en chantier pour 2019.

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