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Bruno Heitz et l'aigrefin pathétique

31 mai 2010 |

heitz_introUn marlou devenu terroriste malgré lui, dans la France des années 60. Voilà le héros que met en scène Bruno Heitz dans J’ai pas tué De Gaulle – Mais ça a bien failli. À 53 ans, l’auteur a troqué ses personnages pour enfants (Louisette la taupe par exemple) ou ses protagonistes animaliers du Roman de Renart pour un aigrefin pathétique, finalement attachant. Il nous explique la façon dont il a tiré les fils de ce pantin fictionnel.

de_gaulle_1_0Qui est Jean-Paul ?
C’est un loser, une victime qui a mal tourné, un bouffon qui se laisse aller. Il est finalement comme la plupart des humains, qui subissent plutôt qu’ils ne décident. Ce personnage se situe dans la continuité de ma série Un privé à la cambrousse. Je préfère des protagonistes qui finissent par devenir intéressants après un long parcours, plutôt que des malabars à qui tout réussit. J’apprécie les objets malléables, les éponges déformées par leur entourage. Je ne ressens pas d’affection, mais de l’indulgence pour Jean-Paul. Je lui préfère sa tante, inspirée d’une des miennes et d’une patronne de bistrot. De toute façon, il ne faut pas trop aimer ses héros, sinon on perd la main sur eux…

de_gaulle_3Pourquoi installer votre récit dans les années 60, et plus particulièrement en pleins « événements » algériens ?
C’est une période historique très évocatrice pour moi : je suis né en 1957, j’ai beaucoup entendu parler de la Guerre d’Algérie étant gamin. De plus, De Gaulle est une marionnette majeure de la mythologie des années 60. Qu’on approuve ou non ses gestes politiques, il reste une figure tutélaire. Et puis j’adore dessiner des vieilles bagnoles, particulièrement la DS dans laquelle il échappe à un attentat… Je ne suis pas nostalgique, mais j’aime ce temps d’avant la télé en couleurs et la téléphonie généralisée, où l’on faisait des filatures de bistrot en bistrot, à l’ancienne. Je suis plus fan de Simenon que des Experts ! Je partage avec le père de Maigret une obsession pour l’homme en fuite qui veut se refaire et n’y parvient pas.

Vous êtes-vous documenté ?
Je n’ai pas épluché toutes les thèses sur cette époque, mais j’ai lu quelques livres sur la Guerre d’Algérie. J’ai aussi utilisé mes souvenirs, notamment ceux de L’Enragé de Siné – auquel je fais référence dans l’album -, qui circulait sous le manteau et brocardait l’OAS. de_gaulle_4 Je me suis aussi servi d’anecdotes réelles : le vendeur de voitures escroc que je mets en scène a réellement existé. Un concessionnaire m’a raconté son histoire lorsque j’ai changé mon auto…

Comment procédez-vous pour travailler ?
Ce livre m’a occupé pendant un an, en parallèle avec une Histoire de France pour enfants, éditée chez Casterman. J’ai d’abord installé l’intrigue en noir et blanc, dans un carnet, avec un dessin à l’arrache. En envoyant chaque chapitre terminé à mon éditeur chez Gallimard, Thierry Laroche. Ce dernier m’a amené à légèrement modifier mon héros: il trouvait Jean-Paul un peu cynique, donc peu attachant. Je l’ai humaniser en montrant son dégoût pour son propre boulot. de_gaulle_croquis Le plus gros du travail est fait lorsque mon carnet est rempli. Il s’agit ensuite de dessiner proprement, à la main, et de réaliser les couleurs à l’aquarelle. C’est répétitif, mais très délassant !

Vous êtes avant tout illustrateur et auteur de livres jeunesse. Comment êtes-vous venu à la bande dessinée ?
Je m’y suis mis en 1995, avec le roman graphique Boucherie charcuterie même combat, paru au Seuil. J’ai beaucoup apprécié la possibilité de développer les caractères de mes personnages au fil de pages. Ce que les livres pour petits laissent peu le loisir de faire.

Quels sont vos projets ?
Je prépare une suite de J’ai pas tué De Gaulle, dont j’écris actuellement des bouts de phrase. Le récit débutera pendant l’hiver 1962-63, qui fut très froid. On y verra Jean-Paul être mêlé malgré lui au casse du siècle, celui du train Glasgow-Londres… Sinon, j’avance sur le deuxième tome de mon Histoire de France pour enfants, qui va du Moyen-Âge à la Révolution française. Et, de temps en temps, je reviens aux aventures de Louisette la taupe (Casterman), une série accessible à partir de 5 ans, dont un nouvel épisode sortira en septembre.

Propos recueillis par Laurence Le Saux


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J’ai pas tué De Gaulle – Mais ça a bien failli
Par Bruno Heitz.
Gallimard, 17€, le 17 mai 2010.

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La fiche de l’album sur Nouvellesbd.com

Images © Gallimard – Bruno Heitz.

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