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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 4, 2022















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Keeping Two

19 août 2022 |
SERIE
Keeping Two
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
PRIX
24 €
DATE DE SORTIE
19/08/2022
EAN
2369903066
Achat :

Connie et Will rentrent chez eux, après un pénible trajet en voiture, théâtre d’une dispute. Will s’attèle à la vaisselle en retard, Connie sort pour la corvée des courses. Mais elle tarde à revenir et demeure injoignable. Alors Will rejoue la journée dans sa tête : le terrible mélo qu’elle lui lisait pour patienter dans les bouchons, les mots durs de l’engueulade à propos de sa conduite, l’irritation qui enfle… Et il s’imagine ensuite des milliers de raisons qui feraient qu’elle ne rentre pas: agression, accident, fuite, kidnapping, et puis tout ce qu’ils auraient pu vivre, ce qu’ils n’ont pas fait, ce qu’il aurait dû faire… Passé, présent, fantasmes et angoisses s’entremêlent, et c’est un couple au bord de l’explosion qui se fait jour. Ou pas.

keeping-two_image1Un peu à la manière de certains films d’Alain Resnais, voici un superbe exercice de style de Jordan Crane (figure de la scène BD indé aux États-Unis), autour du thème du « et si..? », injecté dans une vie de couple banal, en mode angoisse de la perte d’un proche (compagne, amant, enfant). Fort d’un système graphique sobre et efficace au sein de son gaufrier – des cases droites pour le présent et la réalité, des cases aux bords ondulés pour la fiction et les hypothèses –, l’auteur se permet d’abord quelques digressions, puis lâche les chevaux du délire interne de ses personnages, en enchaînant les instantanés de différents niveaux de réalité. Et si le lecteur se perd presque un peu par moments dans cette succession de petites cases aux verts étranges et lumineux, il finit par retomber sur des pattes lors d’un final de haute volée, beaucoup plus sensitif et immédiatement émotionnel que la première partie somme toute assez froide. Dans un style quelque part entre Andi Watson, Jeffrey Brown et Dash Shaw, Jordan Crane impressionne à la fois par sa maîtrise narrative et sa prise de risque. Il s’est confronté à une morne scène de la vie d’un jeune couple ennuyeux, tellement dépeinte qu’on pensait qu’il n’y avait plus grand chose de neuf à illustrer. Mais il a osé, a convoqué le mélodrame, la comédie acide, le fantastique romantique, a mixé tout ça dans un shaker graphique très personnel et a réussi à en sortir un cocktail inédit qu’il faut vraiment boire jusqu’à la dernière page pour en révéler toutes les saveurs, celles qui rebutent comme celles qui enivrent.

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