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Les + du blog : LE RIRE DE TINTIN 3/5

14 juin 2006 |

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Les bijoux de la Castafiore, page 27, cases 6 à 9 © Hergé/Moulinsart, 2006.

Contre la presse people, déjà…

Hergé a-t-il prêté à Tintin une générosité qui lui appartenait en propre ? L’hypothèse peut être avancée sans trop de risque. Je l’ai suggéré en tête de cette petite étude : le comique hergéen ne procède pas de la dérision si en vogue aujourd’hui, il est presque toujours empreint d’indulgence.

La satire et la moquerie ne sont toutefois pas complètement absentes de ses œuvres, qui vont quelquefois, sous couvert d’humour, jusqu’à la dénonciation assez claire de faits et d’attitudes pour lesquels l’auteur éprouvait manifestement une certaine aversion.


Deux petits coups de patte assez anodins figurent sur les affiches de la colonne Morris représentée à la page 2 du Trésor de Rackham le Rouge : un certain « Rino Tossi », quasi-homonyme d’un chanteur de charme qui ne devait certes pas son succès à la puissance de son organe, s’y trouve promu chanteur lyrique, tandis que Sacha Guitry est annoncé dans une pièce intitulée Moi, moi, moi. (Ses détracteurs, Hergé ne l’ignorait certainement pas, l’avaient affublé du sobriquet « Monsieur Moâ ».)

Le père de Tintin est beaucoup plus sévère envers la presse que vis-à-vis des vedettes du spectacle. Les Bijoux de la Castafiore sont impitoyables pour ces journalistes qui s’appellent mutuellement « coco », « mon coco », comme pour attester qu’à l’instar du perroquet de la diva (affublé du nom de Coco, lui aussi), ils ne produisent que du bruit. Bianca s’emporte contre les mufles du Tempo di Roma qui ont « osé écrire qu'(elle) pesait près de cent kilos », mais ce sont surtout leurs confrères de Paris Flash qui se signalent par leur inculture, leur manque de discernement, leur complète absence de rigueur. Le reportage consacré au soi-disant projet de mariage entre la Castafiore et « l’amiral en retraite Hadok » (sic) n’est qu’un tissu d’âneries, de fautes contre la grammaire, l’orthographe et la vérité. Les scrupules de ces messieurs de la presse ont vite été étouffés par la considération que « de toute façon, c’est un truc qui se vendrait !… » (p. 23, case 1). La philosophie de la presse people actuelle, si friande de ragots et de scandales, ne tient-elle pas tout entière dans cette phrase ?

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Le réquisitoire implicite contre les méthodes de cette engeance est des plus sévères, mais aussi d’autant plus drôle que les « images de bonheur » proposées à l’appui des élucubrations rédactionnelles représentent au contraire, pour le malheureux Haddock cloué à « Moulinserre » (re-sic) sur son fauteuil d’infirme, la quintessence de ce qui l’insupporte – et le lecteur de l’album possède toutes les clés pour les décrypter. La voix de la cantatrice le fait fuir, l’instant où elle lui fait sentir une rose correspond à celui où il s’est fait piquer par une guêpe, et le perroquet qu’elle lui a offert est tout sauf « le confident de ses pensées », d’ailleurs le regard noir que lui lance le capitaine (bel exemple de comique physionomique) traduit assez ses sentiments. Les approximations et imprudences dont la presse est coutumière avaient déjà été épinglées dans Le Secret de la Licorne, puisque la « bande bien organisée » annoncée (p.1) se révélait, en définitive, constituée du seul Aristide Filoselle. Il est vrai que le fait d’y voir qualifier les Dupondt de « meilleurs limiers » de la police décrédibilisait déjà quelque peu l’article.

SUITE : Contre la malbouffe, déjà…

Le Rire de Tintin, essai sur le comique hergéen, par Thierry Groensteen, © Hergé/Moulinsart, 2006.

Lire les autres dossiers : 1/5, 2/5, 4/5, 5/5

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