Les Enfants perdus
Dans une zone abandonnée, comme un pays oublié, survivent des petits clans. Dans les tours d’une cité vide, les Indiens tiennent le trafic d’herbe. Au port, les pirates forment un gang mafieux qu’il vaut mieux éviter. Dans une vaste demeure isolée, les prostituées pourraient ressembler à des fées, de loin. Et au milieu, il y a cette petite bande de gamins, grandissant loin de leurs parents, morts ou trop camés ou trop violents. Ils vivotent, volent, troquent, font du skate et un peu la fête. Mais combien de temps pourront-ils tenir ?
Après Hoka Hey!, western mémorable et succès surprise de 2022, Neyef revient avec un nouvel album tout aussi ambitieux, à la noirceur peu commune. De son trait remarquablement fin et précis, d’un réalisme plein de personnalité dans les décors détaillés et d’expressivité contenue dans les visages, il dépeint, à travers ses différents protagonistes, une enfance brisée. Des gosses perdus, qui peinent à trouver comment ne pas se noyer, et qui semblent condamnés à répéter les erreurs des adultes ou consentir à n’être que leurs proies. Si l’auteur joue avec le mythe de Peter Pan et ses figures bien connues, il ne raconte pas ici des enfants qui ne veulent pas grandir, mais plutôt qui se demandent bien s’ils auront vraiment le temps de grandir. Et puis, grandir pour devenir une ordure, à quoi bon? Ici, pas de Peter espiègle qui joue des vilains tours au Capitaine Crochet. Juste des ados qui ne pensent guère plus loin que le jour d’après.
Heureusement, une petite éclaircie incarnée par deux figures féminines, une Wendy qui a fui son foyer (mais qui n’est pas encore fracassée comme les garçons qui la récupèrent) et une mamie qui perd un peu la tête. Neyef trouve là le point d’équilibre de sa sombre fiction, cette petite lumière à la chaleur d’un coucher de soleil qui redonne un peu d’espoir. Et magnifie une œuvre puissante et marquante, de celle qui vous attire autant qu’elle vous déchire.





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