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Louis Joos en quête de père

26 juillet 2010 |

joos_introOn le connaissait passionné de jazz, prompt à représenter la vie des musiciens. Artiste exigeant, le Belge Louis Joos, 70 ans, se livre en profondeur dans Un piano. En cinq temps, il raconte des bribes de son enfance, au contact épisodique d’un père « relégué ». Un bel et émouvant ouvrage, qu’il commente de façon intime.

un_piano_1_1Quel est la part autobiographique présente dans Un piano ?
Elle est très importante, même si le récit est teinté de notes poétiques. J’y mets tout ce que je sais de mon père, que je n’ai pratiquement pas connu, et qui m’a laissé comme seul souvenir matériel un piano à queue, que j’ai toujours.

Qui était votre père ?
Un musicien, pianiste, devenu professeur de musique. Il est mort à l’âge de 70 ans, lorsque j’avais dix ans. Il avait trente ans de plus que ma mère, sa quatrième épouse, dont il était séparé. Décédé avant de m’apprendre vraiment le piano, il a tout de même tenté de m’inculquer – sans grand succès – des rudiments de solfège, lors de séances hebdomadaires.

Quelle image aviez-vous de lui ?
Il vivait dans une situation de relégué, comme un hors-la-loi. La famille de ma mère l’avait complètement rejeté. Je n’ai jamais osé questionner cette dernière à son sujet, je me suis rapidement résigné au silence. Même si ces non-dits généraient beaucoup de malaise.

Quand et pourquoi avez-vous décidé de creuser son histoire ?
Il y a quelques années, en approchant l’âge qu’il avait lorsqu’il est décédé, une curiosité m’est venue à son endroit :un_piano_2_1je me suis demandé comment il avait ressenti tout cela. J’ai retrouvé un album comportant de petites photos, que j’ai agrandies au scanner. J’ai alors enfin revu mon père, connu ses traits.

Que savez-vous de lui aujourd’hui ?
Tout ce qui est dans l’album et rien de plus, vraiment. Il est allé trois fois aux États-Unis avant la Première Guerre mondiale. Il a eu deux filles là-bas, dont il me parlait parfois. Peut-être a-t-il eu d’autres enfants, puisqu’il avait déjà été marié trois fois…un_piano_3Je n’ai jamais effectué d’enquête pour entrer en contact avec eux ou en savoir plus. À l’âge de 25 ans, j’ai été approché par des gens qui voulaient savoir si j’étais le fils d’Henry Joos. Je n’ai pas donné suite, ça ne m’intéressait pas à l’époque.

Que cherchiez-vous en réalisant cet ouvrage?
Développer le thème du père, dont on cache la vérité à son enfant. Montrer comment il avait réussi à me transmettre son amour de la musique. Même si, adolescent, c’est vers le jazz que je me suis tourné, et pas le classique.

Comment ce goût vous est-il venu ?
Disons que j’ai eu une enfance assez marginalisée, ma mère s’étant remariée avec un bonhomme qui n’aimait pas ma présence. Alors que j’avais grandi sur la côte belge flamande, j’ai été envoyé dans une pension à Dunkerque. Je me sentais à l’écart, une impression amplifiée par les nombreuses maladies dont j’ai souffert. Revenu ensuite en Belgique – toujours en internat -, j’ai entendu du jazz.MEP_UnPiano_214x290.qxd:Mise en page 1 J’ai tout de suite été enthousiasmé par cette musique vivante, neuve, spontanée. Je savais que les Noirs étaient opprimés en Amérique et revendiquaient le droit d’être des citoyens à part entière. Je trouvais cette initiative admirable, et j’étais attiré par les fortes personnalités des jazzmen. Ils étaient souvent des marginaux, comme mon père et, en un sens, moi-même.

Quel a été ensuite votre parcours ?
Comme j’aimais aussi le monde de la peinture, j’ai fait les Beaux-Arts à Bruxelles. Je voulais m’approcher des peintres, comprendre leur langage, leur façon de créer une atmosphère, de dégager une humanité d’une toile. J’ai ainsi appris le graphisme et la gravure.

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Comment êtes-vous devenu auteur de bandes dessinées ?
Bien plus tard. À la fin des années 70, je faisais partie d’un groupe de pataphysiciens qui éditaient une revue. J’étais leur « pianiste de spectacle ». Comme j’avais proposé de faire aussi des dessins, l’un d’eux m’a réclamé un récit de huit pages sur le colaxa, pour une thématique spéciale champignons. En 1982, l’histoire est devenue un album de 44 pages, édité par Futuropolis.

Quelle technique avez-vous utilisée pour Un piano ?
J’avais d’abord pensé à les varier, en mêlant selon les pages des croquis, la couleur, la peinture à l’huile, l’acrylique… Mais j’ai fini par opter pour le noir et blanc, pour son côté plus spontané et jeté. Cela colle aussi bien au sujet du livre, à savoir les souvenirs. Je n’ai pas chercher à atteindre de perfection formelle. J’ai voulu laisser les cases dans un état un peu brut, avec des crayonnés, pas toujours encrés. Ces contrastes mettent ainsi en valeur les différents plans.

Quels sont vos projets ?
En ce moment, je ne dessine pas. Je mets de l’ordre chez moi, c’est un vrai chantier ! J’ai beaucoup de livres à lire. En ce moment je suis plongée dans une biographie monumentale de Godard par Antoine de Baecque, 800 pages rudement bien écrites, très documentées. Ensuite, je m’attellerai à un récit graphique sur Thelonious Monk, pour un livre-disque des éditions BDMusic.

Propos recueillis par Laurence Le Saux


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Un piano.
Par Louis Joos.
Futuropolis, 20€, le 3 juin 2010.

Images et photos © Louis Joos – Futuropolis.

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