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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | September 25, 2016

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Paul Azaceta : de l’encre naît la peur

13 avril 2016 |

paul_azacetaChoisi par le scénariste vedette Robert Kirkman (The Walking Dead) pour dessiner sa série Outcast (en VF chez Delcourt), l’Américain Paul Azaceta excelle à donner une tournure flippante à la réalité la plus banale. Dans cette histoire de possession démoniaque au coeur d’un petit bled sans histoire, ce jeune artiste passé par B.P.R.D., dont c’est le premier gros travail de prestige, laisse entrevoir un énorme potentiel. Il était cette année à Angoulême et s’y est livré avec recul, et avec le débit mitraillette propre aux passionnés, sur son amour de l’horreur et ses attentes concernant l’adaptation télé à venir d’Outcast. On ne bosse pas avec Kirkman sans espérer voir ses créations prendre vie à l’écran…

Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez vu L’Exorciste ?

Parfaitement. J’étais tout jeune, trop sans doute. J’ai été élevé dans un environnement familial catholique. Ma mère me mettait tout le temps en garde contre le diable, j’ai grandi en imaginant que le monde était un champ de bataille invisible entre anges et démons. Tout cela a donné un caractère effrayant supplémentaire au film : je me souviens d’avoir été soufflé par son côté flippant mais aussi par son côté blasphématoire. outcast-joshuaC’est ce qui me semblait le plus inconcevable : je me demandais comment ils avaient pu faire un film qui parle comme ça de Dieu. Ça m’a marqué pour de nombreuses années. Plus grand, je suis devenu un fan de films d’horreur, j’adorais me faire peur mais L’Exorciste, ça restait à part. C’est le seul film que je n’arrivais pas à me décider à revoir. Ce n’est vraiment que plus âgé que j’ai trouvé le courage de le re-regarder et que je l’ai apprécié à sa juste valeur.

Comment est-ce qu’on met en chantier un projet comme Outcast sur la possession démoniaque sans se laisser écraser par le précédent qu’est ce chef d’oeuvre de William Friedkin

Avec Robert Kirkman, nous n’avons jamais essayé de faire comme si les gens n’allaient pas penser au film. Nous avons tout de suite assumé les comparaisons qui seraient faites. C’était même l’idée en fait. Le premier numéro de Outcast rappelle L’Exorciste et d’autres films comme L’Exorcisme d’Emily Rose pour laisser penser au lecteur qu’il est en terrain familier, face à une histoire classique de possession. Et, de là, pouvoir le surprendre et ouvrir sur quelque chose de plus large.

outcast-faimComment Robert Kirkman vous a -t-il approché?

Je le connais depuis longtemps. The Walking Dead venait juste de commencer à paraître. Je travaillais alors sur Grounded avec Mark Sable. Nous avions des amis en commun avec Robert et quand il a commencé à chercher un dessinateur pour Outcast, j’avais justement envie de m’investir dans un projet au long cours. J’avais fait beaucoup de missions courtes pour différents éditeurs, je souhaitais me poser. Il a pensé à moi parce que mon style graphique collait bien à l’histoire qu’il voulait raconter. Il m’a dit que ce serait une série character-driven, reposant sur les personnages, plus que sur les scènes d’action. Il m’a parlé d’une page entière où on verrait juste un personnage passer le balai dans son living-room… Certains dessinateurs peuvent être frustrés de dessiner ce genre de scènes, moi ça me correspond bien. J’aime dessiner des gens, mettre en scène des émotions. Ça collait parfaitement.

Il y a quand même des scènes d’action avec les exorcismes. Comment les met-on en scène ?

Je me pose à chaque fois beaucoup de questions. En BD ou en littérature, on ne peut pas se reposer comme au cinéma ou à la télé, sur la musique pour téléguider les émotions et accentuer la peur. On dispose de moins d’outils donc il faut davantage travailler sur une atmosphère, soigner les arrière-plans, plaquer des noirs plus profonds, choisir de ne pas montrer certaines choses… Une des choses que j’ai apprises en regardant des films d’horreur, c’est que la somme d’informations que l’on fournit au spectateur et donc, pour ma part, au lecteur, est déterminante. En n’en donnant pas assez, par exemple avec un très gros plan, on donne envie au lecteur de savoir ce qu’il y a autour. En en donnant trop, par exemple en faisant résonner un bruit suspect dans une pièce qu’on présente en plan large avec moult détails, on amène le lecteur à se demander d’où ça provient. Est-ce que ça vient de derrière le fauteuil ? De derrière le canapé ? Ça marche toujours comme ça.

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Les gros plans dont vous parlez, glissés en insert dans des cases plus grandes, c’est vraiment une partie de l’identité graphique d’Outcast

C’est une idée à laquelle Robert Kirkman tenait dès le départ. Il voulait que ça contribue à l’originalité de la série. Créer une atmosphère, cela passe par des gros plans mais comme dans une BD la place est limitée, nous avons imaginé ce moyen de ne pas faire traîner notre histoire sur des milliards de pages non plus.

Faire surgir la peur, cela passe-t-il également par une approche réaliste des personnages et de l’environnement ?

Kirkman a insisté sur le fait qu’il ne voulait pas que les personnes possédées aient des cornes, des griffes, les yeux qui brillent… D’après lui, des personnes normales feraient davantage peur. Les démons cornus, ça fait peur, mais ton cerveau sait bien que c’est du chiqué. Un vrai bonhomme qui en veut à ta peau, c’est différent. Dans le premier film Halloween, c’est juste un gars avec un masque et un couteau… Dans Outcast, cela peut être ta sœur ou ta mère qui essaie de te tuer ! L’action se passe dans une ville inventée mais dans un vrai État, la Virginie occidentale. Kirkman m’a envoyé quelques livres de photos, je me suis rendu sur place et j’ai fait pas mal de recherches sur Google Maps. Je fais toujours très attention à ce que mes décors soient fidèles à la réalité. Pour New York, beaucoup de dessinateurs se contentent de mettre des gratte-ciels, allez l’Empire State Building… Or pour moi qui habite juste à côté et y vais régulièrement, je vois tout de suite quand l’artiste ne connaît pas la ville. J’essaie toujours d’inclure des détails pour qu’on y croit, et plus encore dans une série avec des éléments fantastiques : si ça se passe dans un contexte le plus authentique possible, on peut se dire que c’est vraiment plausible.

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La série TV Outcast est en approche. Vous la sentez comment ?

Je suis super-excité ! Ils ont terminé de tourner. Ce sera diffusé cet été aux États-Unis sur Cinemax. J’ai vu le pilote et c’est fabuleux. Kirkman a maintenant l’expérience de la télévision avec The Walking Dead et ça profite à Outcast dès son premier épisode. C’est sur le ton que j’avais le plus d’interrogations. Les péripéties du type « est-ce que machin survit dans la série alors qu’il meurt dans la BD », c’est très secondaire. La télé et les comics sont deux médiums très différents, et à l’arrivée les adaptations ne peuvent qu’être très différentes de l’œuvre originale. Mais on y retrouve vraiment l’atmosphère de la BD. Je suis rassuré. Je ne vois pas comment la série pourrait ne pas plaire au public.

Propos recueillis et traduits par Guillaume Regourd

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