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Pierre Goldman, la vie d’un autre ***

2 août 2012 |

picto-critique-V3-3goldman_couvPar Emmanuel Moynot. Futuropolis, 24€, le 9 février 2012.

Pierre Goldman est-il un activiste d’extrême gauche, un fils de résistants polonais fier de sa judéité, un gangster? Un peu tout ça et il le reconnaît volontiers. Mais en tout cas, pas un assassin. Le 19 décembre 1969, deux pharmaciennes sont abattues dans leur officine du boulevard Richard-Lenoir, à Paris. Pierre Goldman est arrêté quelques semaines plus tard sur dénonciation. Un premier procès a lieu en 1974; le principal accusé reconnaît plusieurs braquages, mais nie catégoriquement les meurtres. Il est néanmoins condamné à perpétuité à la suite d’une audience aux relents d’antisémitisme et de racisme, durant laquelle il est très mal défendu. Un second procès en cassation se tient en 1976 : Pierre Goldman est finalement jugé innocent du double meurtre.

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Les deux procès ont déchaîné les passions et, rapidement, une grande partie de l’intelligentsia de gauche soutient Goldman (les infatigables Montand et Signoret, mais aussi Régis Debray, Gilles Deleuze, Pierre Bourdieu, Françoise Sagan…). C’est la France de Libération qui se dresse contre celle de Minute (journal d’extrême droite). Pierre Goldman sort de prison en 1977 et est assassiné en pleine rue deux ans plus tard. Un groupe d’extrême droite revendique le crime. Nous ne saurons pas qui l’a tué, le livre ne pose d’ailleurs qu’à peine la question, car il s’intéresse avant tout à la personnalité de Goldman et au déroulement des deux procès.

Le livre d’Emmanuel Moynot est partial, l’auteur ne s’en cache pas : il a tout lu sur le sujet et a choisi de parler du point de vue de Pierre Goldman (il a beaucoup utilisé son livre, Souvenirs obscurs d’un Polonais né en France) et de sa vérité. Mais il s’efforce de dépeindre avec justesse la personnalité de l’homme : un bagarreur, un électron libre, et – osons le dire – un emmerdeur… Autant qu’un être attachant, brillant.

Les témoignages d’amis et d’avocats sont entrecoupés de reconstitutions d’épisodes de sa vie (son premier braquage, ses tentatives pour rejoindre la guérilla vénézuélienne) et surtout de reconstitutions du crime selon les points de vue des différents témoins. Cette démarche met crûment en lumière les vides de l’enquête et le manque de travail de certains avocats lors de la première instance.

Très loin des Nestor Burma réalisés par l’auteur, cet ouvrage d’investigation est à la frontière du livre documentaire et de la BD, très dense et très riche. On est dans le réalisme (reproduction de photographies, de coupures de presses), le témoignage, l’excessive documentation. Le trait est assez froid, voire austère, mais ce qui est dit sur Goldman est essentiel et éclaire sa psychologie, notamment le fait qu’il se soit senti en devoir de continuer le combat de résistance de ses parents contre le fascisme. Sous la forme d’une enquête hyper rigoureuse, l’auteur livre une recherche profonde et pudique sur la question de l’identité, celle de Pierre Goldman et celle la France d’après Mai-68.

Mélanie Monroy

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