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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | December 11, 2017

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6 Comments

Régis Hautière, entre polar et utopie

22 novembre 2010 |

hautiere_introLe Familistère est un lieu unique et étrangement méconnu, situé à Guise dans l’Aisne. Une utopie imaginée et concrétisée par l’industriel Jean-Baptiste-André Godin en 1860 : de vastes bâtiments accueillant les ouvriers de l’usine toute proche, et appartenant, comme celle-ci, à une coopérative ouvrière. Un rêve fou qui a survécu à son auteur jusqu’en 1968. Dans le polar De Briques et de sang, dessiné par David François, Régis Hautière nous plonge dans cet endroit fascinant, autant par son architecture que par l’expérience collective qui y a été menée. Avant de partir rejoindre le café où il s’installe chaque après-midi pour écrire ses histoires, ce scénariste de 41 ans (Vents contraires, Ghetto poursuite, La Guerre secrète de l’espace) a répondu à nos questions.

hautiere_courComment avez-vous découvert le Familistère de Guise ?
D’abord dans un beau livre sur le patrimoine industriel. Puis, alors que je venais de m’installer en Picardie, je m’y suis rendu à l’occasion de fêtes organisées là-bas pour le le 1er mai. D’ailleurs, le Familistère est sans doute le premier endroit au monde où fut célébré le travail. Ma première rencontre avec cet endroit s’est donc déroulée dans une ambiance très vivante, alors qu’en général, c’est plutôt désert.

Qu’est-ce qui vous a marqué là-bas ?
J’ai avant tout été frappé par l’aspect carcéral des pavillons, ces bâtiments qui accueillaient des appartements pour les ouvriers. Sur plusieurs niveaux, des logements sur des coursives, donnant sur une grande cour centrale couverte d’une verrière. Tout à fait l’image qu’on peut avoir d’une prison… Mais à l’époque de sa construction, ses habitants ne devaient pas avoir cette impression : on les surnommait ainsi le peuple des balcons, puisqu’ils se croisaient sans cesse sur les coursives, discutaient d’un étage à l’autre… Il s’agissait d’un véritable espace de vie et de communauté.

Avez-vous immédiatement imaginé en faire un décor pour une bande dessinée ?
Oui, presque. Cet univers clos, dans lequel tout le monde travail ensemble, vit ensemble, fait ses courses dans les mêmes magasins, emmène ses enfants dans la même école, fréquente les mêmes jardins, la même piscine, était propice au polar. Je me suis dit que si quelqu’un était tué ici, les gens se suspecteraient entre eux, ils s’épieraient par les fenêtres qui ne comportaient pas de rideau… Car comment cacher un secret  dans un tel lieu ?

hautiere_doigts

Il y avait aussi matière à album rien que dans le Familistère lui-même.
Effectivement, mais je voulais éviter d’écrire une histoire didactique de l’endroit. J’ai donc choisi une intrigue policière relativement classique et linéaire, qui me laissait de la place pour raconter la vie dans cet endroit, et d’y emmener plus aisément le lecteur. hautiere_enquete Car, une des choses les plus surprenantes avec le Familistère est qu’il est peu connu aujourd’hui, alors que cette expérience a duré plus d’un siècle et ne s’est achevée qu’en 1968.

Selon vous, pourquoi ?
Elle a été décriée très tôt, à la fois par la gauche et par la droite. Pour les défenseurs du patronat, Godin montrait le mauvais exemple en cédant son entreprise à une coopérative d’ouvriers. Les socialistes, de leur côté, se montraient très sceptiques, suspectant ce grand industriel de paternalisme. Et puis, l’objectif de Godin était au-delà de la lutte des classes : il voulait transformer ses ouvriers en bourgeois, d’abord en leur offrant les « équivalents de la richesse », comme le confort, l’hygiène (le Familistère avait l’eau courante à tous les étages), l’éducation (les écoles y étaient gratuites), la culture, etc. Il aurait pu simplement distribuer les bénéfices de son usine sous forme d’intéressement, mais il y avait une vraie pensée derrière son projet : il voulait avant tout éduquer ses ouvriers.

hautiere_policePourquoi son projet a-t-il échoué ?
Il a notamment trouvé ses limites dans l’humain. Pendant l’entre-deux guerres, les membres du familistère ont voulu être payés davantage, ils se sont donc octroyés de larges primes annuelles, parfois équivalent à six mois de salaire. En conséquence, les investissements dans l’entretien et la modernisation des bâtiments ont diminué et le familistère est devenu moins confortable à vivre… Son côté novateur, voire révolutionnaire, du début (il était doté d’une crèche et d’un système de retraites par exemple) a progressivement disparu. Mais une dizaine de familles habitent encore là-bas.

Vents contraires, Le Marin, l’actrice et la Croisière jaune, Ghetto poursuite, La Guerre secrète de l’espace, Trois empires, pour ne citer que vos parutions récentes… Vous oeuvrez dans des genres et des styles bien différents. Comment choisissez-vous vos projets?
En général, je pars des envies d’un dessinateur et de son style de dessin et de mise en scène. C’est l’élément le plus déterminant. Parfois, comme ce fut le cas pour La Guerre secrète de l’espace, c’est un éditeur qui me propose de travailler sur un sujet. Mais finalement, je crois qu’il est plus simple de travailler dans des registres différents : je peux plus facilement passer de l’un à l’autre sans me mélanger les pinceaux. Et puis, si je me répète ou que j’utilise les mêmes ficelles narratives, ça se verra moins !

hautiere_usineQuels vos projets ?
Un diptyque chez Dargaud, dessiné par Renaud Dillies et intitulé Abélard. Le premier tome sortira début 2011. Il y aura aussi Pour tout l’or du monde, chez Quadrants, avec Alain Grand. Une série qui se déroule au XIXe siècle aux Etats-Unis notamment, inspiré par un roman écrit par une prostituée. Et dans laquelle deux des personnages participeront à la création du phalanstère de Godin (déjà lui!) au Texas. Je publierai aussi un one-shot avec Antonio Lapone, chez Treize étrange : Accords sensibles. Et une histoire d’anticipation, Yerzhan, avec Efa, chez Delcourt. Et bien sûr, la suite des séries en cours.

Propos recueillis par Benjamin Roure

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De briques et de sang.
Par David François et Régis Hautière.
Casterman/KSTR, 16 €, le 27 octobre 2010.
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Plus d’infos sur le Familistère de Guise.

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Commentaires

  1. cris

    au voleur !!!! il m’a volé mon idée .
    moi aussi j’avais l’idée de situer l’action d’un scénario de BD dans ce lieu « clos » mais sans en faire un polar … et je le ferai peut-être un jour .
    bizarement j’ai le même age que l’auteur ; peut-être pas un hasard !(et la fin du lieu en 1968 ) malheureusement , je n’ai pas encore eu la chance d’aller sur place .
    je vais en tout cas me jeter sur le livre pour partager ce plaisir même si je n’aime pas la collection de casterman dans laquelle elle est éditée .

  2. cris

    au voleur !!!! il m’a volé mon idée .
    moi aussi j’avais l’idée de situer l’action d’un scénario de BD dans ce lieu « clos » mais sans en faire un polar … et je le ferai peut-être un jour .
    bizarement j’ai le même age que l’auteur ; peut-être pas un hasard !(et la fin du lieu en 1968 ) malheureusement , je n’ai pas encore eu la chance d’aller sur place .
    je vais en tout cas me jeter sur le livre pour partager ce plaisir même si je n’aime pas la collection de casterman dans laquelle elle est éditée .

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