Les Yeux d’Alex
Alex, jeune photographe bretonne installée à Marseille, est sélectionnée par les Rencontres de la photographie d’Arles pour concourir au Prix Jeunes Talents. Pour le projet qu’elle devra y présenter, la jeune femme s’inspire d’une conversation avec sa colocataire : son travail portera sur son désir et sur le corps des hommes. Elle espère apporter au sujet son propre regard… Et tenter de réinventer un imaginaire érotique, en devenant l’observatrice de ceux qui ont tant observé les femmes. Mais Alex se débat aussi avec sa propre image, cachant à ses amies et ses amants les terribles crises d’eczéma qui la défigurent régulièrement…
On aurait aimé adorer ce nouvel album de Claire Fauvel, tant son travail nous plaît, en particulier depuis Phoolan Devi, reine des bandits (2018). Le sujet intriguait, d’autant plus quand questionnements sur le male gaze et le female gaze traversent les arts visuels, à l’écran comme sur papier. Le résultat est dense, et graphiquement impressionnant. L’autrice sait brillamment saisir la vie en mouvement, et rendre compte de la chaleur et de la lumière du sud, de l’ambiance d’une boîte de nuit ou de la moiteur d’une nuit érotique. La narration offre des variations bienvenues, alternant développements et moments suspendus. Les couleurs vibrantes, à la gouache, et le trait maîtrisé mais léger donnent de très belles planches, dont certaines – les scènes de montagne, de sexe ou de fête – restent longtemps en tête. 
Mais si l’histoire est très prenante et le point de départ passionnant, on reste un peu sur notre faim. Cela tient en partie à la position naïve et plutôt privilégiée de l’héroïne, à juste titre pointée par ses amies, mais qui reçoit finalement peu de contrepoint. Surtout, le récit tire de nombreux fils – les recherches d’Alex, sa vie amoureuse, son rapport à son corps – sans leur laisser à tous une place suffisante pour exister pleinement. À ce titre, la dernière partie, dans laquelle Alex tourne un film porno artisanal pour explorer davantage la question du regard, manque malheureusement de substance. Cet épisode aurait mérité un traitement à part entière, d’autant que la facilité avec laquelle paraît se dérouler le tournage est peu cohérente avec l’ambition annoncée par le personnage.
Après tous ces rebondissements, la conclusion paraît aisée. On choisira de la voir comme une aspiration, celle d’un monde où une femme gagnerait, même après avoir pris une position aussi radicale. Mais c’est finalement dans les entre-deux – quand l’héroïne est aux prises avec ses émotions, dans le récit de son quotidien, quand le propos du livre parcourt la vie de son personnage –, que Les Yeux d’Alex s’avère le plus captivant.





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