Sortie de route
Hana, 17 ans, est Coréenne et compte finir son lycée au Canada. Elle est partie pour s’éloigner de ses parents : le père, qui gagne très bien sa vie au prix de journées à rallonge, lui met une pression énorme pour la réussite de ses études ; sa mère ne paraît pas en mesure de comprendre les aspirations des adolescentes d’aujourd’hui. Et puis, il y a un garçon, le premier, parti aux États-Unis… Hélas, au Canada, entre la barrière de la langue, une inaptitude à s’adapter, la tentation de se démarquer à travers des conduites à risque et finalement le harcèlement d’un petit groupe d’expatriés coréens, l’expérience à l’étranger se révèlera mortifère pour Hana.
Sans proposer une BD ouvertement autobiographique, on sent que l’autrice de Deux femmes a mis beaucoup d’elle-même dans ce récit. Beaucoup de doutes, de malaise, de postures difficiles à cerner, de solitude profonde et de détresse. Elle brosse une jeune fille un peu perdue, qui cherche l’attention de ses proches mais sans savoir comment faire, et qui laisse souvent l’égoïsme adolescent prendre le dessus sur la sincérité, la douceur et l’empathie. Résultat : des mauvais choix, des mots blessants, une victimisation permanente, Hana souffre mais ne paraît pas toujours sympathique, à son entourage comme aux lecteurs. Ce long portrait, souvent austère et éreintant, de plus de 400 pages à la ligne fine et épurée, détonne ainsi d’autres BD semi-autobiographiques qui préfèrent le larmoyant et l’auto-apitoiement : sans fard, il montre une ado déracinée et isolée, qui se débat à contre-courant sans jamais comprendre comment regagner la rive. C’est déstabilisant et finalement assez fort, comme peut l’être une catharsis dessinée par une autrice qui a atteint une forme de maturité artistique.





Publiez un commentaire