Professeur Bell #6
On ne l’attendait plus : après 20 ans d’absence, le Professeur Bell reprend du service ! Le détective imaginé par Joann Sfar dans sa série éponyme, qu’il dessina lui-même durant deux volumes avant de confier les trois suivants à Hervé Tanquerelle, revient ainsi pour un 6e tome illustré par Jérôme Brizard et Étienne Le Roux, et toujours colorisé par le fidèle Walter. On y retrouve les ingrédients clefs de la série : un héros intelligent, cynique et violent, sorte de Sherlock Holmes de l’étrange (addiction à la drogue comprise) luttant contre des ennemis toujours plus bizarres et retors ; des personnages secondaires nombreux et hauts en couleurs ; et une atmosphère fantastico-british fort réussie.
On retrouve aussi la plume espiègle de Joann Sfar, dans un récitatif bavard mais plus concis que souvent, qui donne un ton littéraire à l’aventure, mais sans jamais l’alourdir ni la ralentir. L’autre brillante idée est de confronter le sombre Bell au monde de l’enfance : coincé dans un physique de gamin après le mauvais coup d’un adversaire, le professeur va rencontrer Peter Pan et ses enfants perdus. Des personnages bien moins joviaux et amusants que chez Disney… Il y a un côté Adèle Blanc-Sec dans Professeur Bell, où le désenchantement du monde, même magique, sous-tend les enquêtes ardues de son héros, qui ira de mauvaises surprises en complot poussé, et ne trouvera guère d’aide pour contrer définitivement les tenants du Mal. Mais là où l’héroïne de Tardi était mue par une certaine empathie pour les figures fragiles et humaines, Bell ne quitte quasiment jamais sa froideur implacable et son apparente absente d’émotions (même si, au fond, il ferait tout pour ses amis).
On pouvait craindre que ce nouvel épisode, après deux décennies de sommeil, sente le réchauffé. Il n’en est rien : la saveur est intacte comme une momie de pharaon retrouvée par un explorateur audacieux, fascinante et terrifiante.





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