La Montagne d’encre
Après avoir arpenté le monde du sport et du dépassement (le cyclisme dans Le Tour des géants, l’alpinisme dans L’Invention du vide, la course à pied dans Marathon, Nicolas Debon change radicalement d’approche et de rythme avec cet album qui ne cède aucune place à l’extraordinaire et à l’être humain.
À hauteur de faune, de flore et de minéral, l’auteur vosgien propose de contempler notre territoire au fil des saisons, entre sommets, sous-bois et clairières. À mille lieues de notre quotidien qui nous échappe sous les multiples sollicitations, ce livre est une parenthèse rare d’accalmie et de dépaysement. Une déambulation graphique qui nous invite à nous émerveiller devant le vol d’un oiseau, la neige qui tombe, la pluie qui ruisselle, les premiers bourgeons du printemps, les yeux vigilants d’un hibou, le vent ou de belles nuits étoilées…
L’influence revendiquée des estampes japonaises et des haïkus irrigue tout l’ouvrage et laisse filer le regard au rythme qu’on veut bien donner à ce récit de peu de mots. L’auteur alterne vues et cadrages qui exposent parfois des textures et motifs quasi-abstraits. Le texte, volontairement très discret, explore plus qu’il n’explique, au point même qu’on pourrait se contenter des illustrations et vivre une expérience tout autant grisante.
La Montagne d’encre est de ces livres qui se ressentent plus qu’ils se lisent. Cette invitation à ralentir est une proposition audacieuse, que l’on prend plaisir à feuilleter de nombreuses fois après l’avoir finie, tel un beau livre ou un artbook précieux que l’on chérit. Une création sensible, en marge de la production BD habituelle, pour les amateurs de nature et de dessins contemplatifs, qui risque en revanche de laisser froid les lecteurs en quête d’intrigue.




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