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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 22, 2019















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Sélection Comics – Alan Moore présente Swamp Thing

23 octobre 2019 |

swamp-thing-couvLa Sélection Comics vous propose un focus sur un titre anglo-saxon qui vous sortira de la routine super-héroïque. Zoom sur un immense classique de la bande dessinée américaine, réédité par Urban Comics : les épisodes de Swamp Thing par Alan Moore. Ou comment la réécriture de la Créature du Marais allait ouvrir une ère littéraire et adulte chez les majors de l’édition US.

On cite souvent la période à laquelle Alan Moore tint les rênes de la série Swamp Thing chez DC Comics (1984-1987) comme une des étapes clés de l’histoire des comics. Elle l’est à plus d’un titre et la ressortie chez Urban de ce run mythique dans une belle intégrale cartonnée en plusieurs volumes, permet d’en prendre vraiment la mesure par soi-même. D’abord, bien sûr, car elle fit définitivement de son auteur une star. Alors tout jeune, le barde de Northampton s’était fait remarquer avec son Miracleman et son V pour Vendetta. Avec Swamp Thing, il initie la BD américaine mainstream à une sophistication typiquement britannique et à une écriture d’une ambition littéraire inédite. Le premier volume de cet Alan Moore présente Swamp Thing regorge de textes saisissants et de trouvailles horrifiques et poétiques, mais c’est aussi la profondeur dont le scénariste dote le personnage central qui fit de cette série une œuvre mémorable.

swamp-thing-arcaneLa grande idée de Moore, celle qui lui valut d’être choisi par le créateur du personnage lui-même, Len Wein, fut de réécrire les origines de la Chose du Marais. Chez lui, elle n’est plus le produit de la mutation d’Alec Holland, un scientifique tombé dans un marais de Louisiane contaminé par un produit toxique. Chez Moore, pas question de se trouver lesté par la quête d’Holland d’un moyen de reconquérir son humanité. Le scénariste évacue immédiatement la question en tuant Holland et en faisant de la Créature une pure émanation de la flore, une entité exclusivement composée de tissus végétaux et simplement dotée de la conscience d’Alec : une différence capitale qui donnera lieu à de passionnants questionnements métaphysiques. Dans le Swamp Thing de Moore, on vient pour l’horreur lovecraftienne, on reste pour les interrogations descartiennes.

Tout cela est mis en place dès le passionnant La Leçon d’anatomie, devenu un classique, dans lequel Moore fait la démonstration immédiate de sa virtuosité dramatique tandis que le dessinateur Steve Bissette, épaulé par l’encreur John Totleben, y trouve tout de suite ce qui restera le portrait le plus saisissant de la Créature à ce jour. Sa Swamp Thing mousseuse qui change de couleur selon les saisons est LA représentation canonique du personnage. Et les marais qu’elle habite ne sont pas mal non plus, formidable décor qui sous son crayon peuvent être le théâtre de la plus insondable horreur comme un eden de verdure à préserver coûte que coûte de la corruption.

swamp-thing-chapitreEt ce n’est pas tout. Les épisodes légendaires, ce premier volume les enchaîne. Il y a En bas, avec les morts et sa descente aux enfers dantesque, typique de la relecture méta du catalogue DC dans laquelle allait exceller Moore et ses camarades de la British Invasion, Grant Morrison en tête. Amour et mort et ses pures visions d’horreur gore à souhait, emblématique de la liberté que s’autorisa DC sur cette saga par rapport à la censure, au point que Swamp Thing fut en 1984 le premier titre DC à sortir sans l’aval de la Comics Code Authority. Le génial Pog et la rencontre inopinée dans les marais de la Chose avec le Pogo de Walt Kelly, pour un épisode au discours écologiste ultra avant-gardiste, écrit dans une langue inventive où s’amuse comme un petit fou le futur auteur du roman Jerusalem. Et comment ne pas parler du Sacre du Printemps, monument dont l’audace du propos (la sexualité de la Créature abordée frontalement) et de la mise en scène graphique au psychédélisme enchanteur font encore leur petit effet en 2019.

En quelque 400 pages, se dessine tout simplement l’ère moderne des comics, celle où le médium franchira un palier, s’ouvrant la possibilité même chez les éditeurs grand public DC et Marvel, d’une écriture et de thèmes adultes. Un indispensable.

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Alan Moore présente Swamp Thing #1.
Par Alan Moore, Len Wein, Steve Bissette.
Urban Comics, 448 p., 35 €, juillet 2019.

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