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Riff Reb’s affronte « Le Loup des mers »

26 novembre 2012 |

riff_loup_introAprès l’adaptation réussie d’un roman de Pierre Mac Orlan (À bord de l’Étoile Matutine), il s’attaque au Loup des mers de Jack London. Riff Reb’s met en scène un duel intense – physique, un peu, mais surtout intellectuel – entre le colosse Loup Larsen, cruel capitaine d’un navire, et le critique littéraire Humphrey Van Weyden, arrivé sur son bateau à la suite d’un naufrage. De son atelier du Havre (avec vue sur mer, précise-t-il), l’auteur de Myrtil Fauvette raconte la manière dont il s’est approprié cette histoire sombre et dense.

riff_loup_rougeComment en êtes-vous venu à adapter ce roman ?
Après À bord de l’Étoile Matutine, j’avais envie de réaliser une autre adaptation, mais je ne voulais pas publier un nouvel album maritime. J’aime voyager d’un univers à l’autre, ne pas rester au même endroit. Et puis je craignais d’être catalogué dans le genre “bateaux”… Ce qui est stupide finalement, car j’aime les aventures en mer, et je n’avais pas tout dit graphiquement du sujet. J’ai d’abord proposé à mon éditrice, Clotilde Vu, de m’atteler au Hussard d’Arturo Perez Reverte, qui se passe pendant les guerres napoléoniennes en Espagne. Mais mon dessin n’a pas été jugé assez réaliste, et nous n’avons pas obtenu les droits. J’ai alors repensé à un projet ancien : une adaptation du Vagabond des étoiles de Jack London, sur lequel j’avais travaillé quelques semaines à la fin des années 80, et que j’imaginais collective. À l’époque, les éditeurs étaient peu friands d’adaptations littéraires – ils ont désormais chacun, ou presque, une collection dédiée… –, et j’avais abandonné le projet. Malgré son intérêt certain : c’est le roman de l’Histoire de l’Homme, de la Préhistoire à 1910. London s’était vu proposer son concept par un prisonnier, qui voulait dénoncer l’abus de pouvoir en milieu carcéral. Dans ce livre, l’écrivain imagine que l’on peut voyager à travers les époques, dans des corps différents, à la “faveur” de la torture. J’ai repris l’idée récemment, j’ai désossé le roman pour essayer de le reconstruire. Un vrai travail de prof de français ! Mais j’ai finalement été rebuté par la forme, destructurée, et le contenu, très noir – à une époque où ma mère était sur le point de mourir…

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Comment en êtes-vous venu au Loup des mers, écrit par Jack London en 1904 ?
En travaillant sur Le Vagabond des étoiles, j’ai lu diverses choses sur London. Et j’ai découvert un livre qui m’avait jusqu’à présent échappé, ce fameux Loup des mers. Je l’ai emprunté à la bibliothèque et l’ai dévoré. J’ai tout de suite su que je voulais l’adapter. C’est un roman très structuré, que tient un fil narratif simple, allant de A à Z : un homme tombe à l’eau, il est recueilli sur un bateau et fait la connaissance du Capitaine. riff_loup_lutteIl n’y a pas de flash-back. La tâche m’a toutefois immédiatement semblé difficile, car c’est un excellent récit. Quand on adapte, on court toujours le risque de faire moins bien…

Qu’avez-vous aimé dans cette histoire ?
London y exprime des idées fortes : il démonte la théorie nietzschéenne du surhomme, se penche sur la théorie darwinienne de l’évolution. Pour ce faire, il passe par l’action et l’aventure, pas par un discours d’amphithéâtre universitaire. Il applique simplement les idées, montre comment l’homme (en l’occurrence Van Weyden) doit s’adapter pour survivre, ou pas.

De quelle façon l’avez-vous transformée pour les besoins de la bande dessinée ?
Après l’avoir lue deux fois, je me suis mis à rêver à ce que j’allais en faire. J’ai tenté d’oublier les détails pour aller à l’essentiel. J’ai choisi de renforcer et moderniser le personnage de Maud [une romancière naufragée], que London présentait ici ou là comme une petite chose fragile. J’ai écrit des textes entiers, en gardant une part de lourdeur du texte original, pour lui rester fidèle dans l’esprit. Tout cela en doutant en permanence – mais c’est parce qu’on ne sait pas tout à fait où l’on va qu’on y va…

riff_loup_loupComment avez-vous abordé le graphisme ?
J’ai considéré Le Loup des mers comme une pièce de théâtre, un huis clos forçant ses comédiens à évoluer dans une extrême promiscuité. Loup et Van Weyden sont coincés dans une espèce d’enfer portatif. Ce fut très plaisant à représenter. Mon décor ne demandait pas trop de documentation : la mer est un élément vivant, qui vient accentuer la dramaturgie. On peut faire passer les personnages de la tempête au calme plat, en passant par le brouillard. Tout en soutenant les moments forts ou calmes de l’histoire. J’ai eu beaucoup de mal à sentir Van Weyden graphiquement, à me glisser dans sa peau. C’est une sorte de coquille vide, il ne doit pas avoir trop de caractère face à Loup Larsen, se montrer lisse à la manière d’un Tintin, afin que le lecteur puisse facilement épouser son point de vue. En revanche, j’ai tout de suite saisi Loup : je le voyais comme un loup des steppes ou de forêt noire, un barbu forcément. J’y ai aussi mis un morceau de mon père et de mon grand-père. Figurez-vous que j’ai été, en quelque sorte, Van Weyden dans mon enfance : je me suis retrouvé sur un bateau avec mon père me hurlant dessus, à la limite de me frapper… J’avais donc quelque chose d’intime à glisser dans l’histoire.

Pourquoi ce choix d’une bichromie avec une couleur différente par chapitre, comme pour votre livre précédent ?
Je suis un grand amateur de noir et blanc. Mais mon éditeur et le public ont le goût des couleurs… Comme je n’avais pas de budget pour payer décemment un coloriste, et que je ne voulais pas y passer trop de temps, j’ai réfléchi à une approche minimaliste. Cela permettait aussi d’éviter que la couleur perturbe la narration : j’ai préféré la fondre dans la dramaturgie. Plutôt que de mise en couleur, je préfère parler de mise en lumière. riff_loup_vanJ’avais au départ des doutes sur la façon dont ce choix serait reçu : dans mes pages, la peau humaine n’est pas rose, le ciel n’est pas bleu. Mais cette option résolument irréaliste a plu. La couleur fonctionne ainsi comme un véritable outil narratif, qui construit des ambiances différentes par chapitre.

Avec quels outils travaillez-vous ?
À l’ancienne, comme la moutarde ! J’utilise du papier, des crayons, des stylos. Je fais des crayonnés succincts, puis j’encre – j’adore cela. Je me sers ensuite de l’ordinateur pour la mise en couleur.

Quels sont vos projets ?
Je prépare un album jeunesse pour les éditions de La Gouttière, chez qui j’avais déjà cosigné La Carotte aux étoiles. Et puis je compte me lancer dans une nouvelle adaptation littéraire pour la collection Noctambule, pour boucler une trilogie maritime. Ce sera peut-être un recueil d’histoires courtes se déroulant dans différents lieux, à différentes époques.

N’avez-vous pas envie d’écrire un scénario original ?
Je doute beaucoup de mes capacités à le faire. Dès que je creuse mes propres idées, je me sens prétentieux… Et puis je m’amuse tellement à décortiquer et interpréter de belles oeuvres. Quand on peut faire du Jack London ou du Victor Hugo, pourquoi se contenter de faire du Riff Reb’s ?

Propos recueillis par Laurence Le Saux

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Le Loup des mers
Par Riff Reb’s.
Soleil/Noctambule, 17,95€, le 31 octobre 2012.

Images © Soleil.

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