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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | May 25, 2017

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Comix Book : quand Marvel jouait à l’underground

3 juillet 2015 |

comix_book_couvDrôle d’objet que ce Comix Book édité par Stara. Drôle de livre, à mi-chemin de la BD de patrimoine et du documentaire et pour commencer, drôle de sujet : la tentative éphémère de Marvel d’éditer dans les années 1970 des comics signés des auteurs underground les plus en vogue à l’époque. Des historiettes d’une ou plusieurs pages dans un esprit sex, drug and rock’n roll publiées au sein de la très policée Maison des Idées ? Une idée saugrenue que l’on doit au décidément toujours surprenant Stan Lee.

Encore rédacteur en chef à l’époque, celui qui signe ses éditos et ses courriers d’un Excelsior, se prend d’affection pour Denis Kitchen alors à la tête de Kitchen Sink Press (KSP), une petite maison indépendante qui édite la crème des auteurs de comics alternatifs (ou comix) et notamment des albums de Robert Crumb. Kitchen et Lee entretiennent une correspondance amicale depuis des années et le second a toujours ouvert sa porte au premier. Au bord de la faillite, Kitchen accepte de voler à New York pour discuter. Lee estime que Marvel doit rester ouvert à ce public estudiantin qui lit de l’underground et décide en 1974 de sortir Comix Book avec des récits courts signés Kim Deitch, Basil Wolverton ou encore Harvey Pekar.

Les deux hommes ont un peu de mal à se mettre d’accord sur le contenu mais Stan Lee, qui a le dernier mot, prêche le compromis entre BD mainstream et avant-garde : « Je voulais produire un périodique qui ressemblait à un comic underground et qui se lisait plus ou moins comme un comic underground – mais sans être aussi extrême ou érotique qu’un comic underground », se justifie-t-il dans l’avant-propos. comix_book_image1Éditorialement, les choses finiront fatalement par coincer sur l’utilisation des grossièretés et sur la représentation de la sexualité. Les 150 pages de BD qui composent le cœur du recueil donnent raison à Kitchen plus qu’à Lee : l’autocensure est peu compatible avec l’esprit anar et contre-culturel constitutif de l’underground et le résultat est souvent potache, absurde mais trop inoffensif pour vraiment bien vieillir.

La publication fut logiquement un échec à l’époque. Marvel arrêta les frais au bout de trois numéros et KSP publia en son nom les pages qui lui restaient sur les bras sur deux numéros supplémentaires. En termes de distribution, Marvel n’avait jamais trop su comment vendre ces « BD pour les hippies » et le déjà quinquagénaire Stan Lee avait en fait tenté un peu tard de prendre en route le train de cette jeunesse libertaire sans voir qu’elle commençait déjà à regarder ailleurs.

comix_book_image2Mais il y a encore une autre raison à la brièveté de l’aventure Comix Book. C’est ce que raconte James Vance, un auteur et compagnon de route de Kitchen, dans la longue et très intéressante présentation qui ouvre le livre. Les auteurs underground embarqués dans cette histoire exigèrent de demeurer les propriétaires de leurs créations. Pas question de céder leurs personnages phares, tel Waldo le chat de Deitch, à l’ogre Marvel. Sous la pression de Kitchen, Stan Lee accepta de consentir à quelques entorses à la politique très stricte de l’éditeur dans le domaine de la propriété intellectuelle. Un régime de faveur exceptionnel qui aurait pu donner des idées aux signatures de la gamme traditionnelle de comics Marvel et à laquelle il fut décidé assez vite de couper court…

Comme le souligne Denis Kitchen, au moins cette entreprise un peu désespérée à la lisière du mécénat eut elle le mérite de sauver KSP. Marvel en fut pour quelques dollars perdus et quelques sueurs froides au moment de partir en presse. Pas plus. Pour le lecteur qui redécouvre aujourd’hui ces pages, l’expérience est curieuse. Mieux lui vaudra se replonger dans les albums vraiment underground de tous ces auteurs, bien sûr, mais les voir réunis ici donne un vibrant aperçu de l’énergie foutraque qui animait cette scène. En sortirent certes des gags idiots par wagons entiers, mais aussi des oeuvres bien plus introspectives à l’image des trois pages de Maus d’Art Spiegelman que contient cet étonnant Comix Book.

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Comix Book.
Éditions Stara, 19 €, juin 2015.
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