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Sélection comics – House of X/Power of X

4 décembre 2020 |

house-of-x_couvPublié en France cette année par Panini, le run récent de Jonathan Hickman sur les X-Men est l’une des plus fascinantes re-créations de ses personnages historiques jamais sorties de chez Marvel. Une tabula rasa aux proportions épiques, déployée sur deux séries et quatre temporalités. Un projet fou qu’on aimerait recommander à tous les lecteurs mais qui réclame néanmoins une certaine familiarité avec les mutants de même qu’une perméabilité au style sophistiqué à l’extrême du scénariste de East of West. Mais pour ceux qui auront la témérité d’embarquer à bord de House of X/Power of X, le voyage est un de ces trips dont on se souviendra longtemps.   

S’immerger dans House of X/Power of X (HoX/PoX), c’est pénétrer dans la tête de son scénariste Jonathan Hickman. Le bonhomme ressemble diablement à Charles Xavier. Il y a chez cet auteur brillantissime (Pax Romana, East of West), comme chez le leader des X-Men, une propension à voir plus loin que ses contemporains, à se projeter avec la puissance d’un ordinateur doté de super-calculateurs et de ce qu’il faut de mégalomanie, dans des récits contenant en germes des années de parution dans leur première planche. Mis aux manettes des X-Men pour une mini-série événement appelée à l’origine à se suffire à elle-même, il a, en toute modestie, choisi de scinder le projet en deux séries menées de front. D’un côté, House of X, de l’autre Power of X. Leur lecture complémentaire est indispensable et raconte une seule et même saga, celle de Krakoa.

Car tout commence avec un concept génialissime, très facile à résumer, impossible à restituer dans toute sa profondeur. Soit, Krakoa, un mutant de la taille d’un continent, véritable écosystème à lui tout seul dont Xavier à l’idée de faire un territoire réservé à ses congénères. Mieux, le berceau d’une nation mutante, dotée d’une souveraineté reconnue par les autres États de la planète au bénéfice d’une offre impossible à refuser : des médicaments miracles capables de soigner tous les maux de l’humanité.

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Entre d’autres mains, ce postulat aurait pu donner lieu à une allégorie politique de plus à base de mutants, dans la lignée de Days of Future Past. Entre les mains de Hickman, l’utopie de Xavier débouche sur bien davantage, un véritable laboratoire de civilisation dont il explore toutes les implications diplomatiques, économiques, logistiques, mais aussi morales et philosophique… HoX/PoX est une ingénierie de précision en même temps qu’elle est un magma créatif de proportions dantesques et aux ramifications invraisemblables, déployées sur 4 temporalités : le présent, 10 ans plus tôt, 100 ans plus tard, 1000 ans plus tard. Hickman nous avait déjà fait le coup des timelines multiples lors de son run marquant sur les 4 Fantastiques entre 2009 et 2012, mais il pousse le bouchon encore plus loin ici.

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S’y retrouve-t-on parfaitement ? L’auteur fait l’effort de semer un maximum de repères, procurant au lecteur multitude d’annexes touffues (frises, schémas…) qu’il a designées lui-même dans son style techno rappelant son Pax Romana. Il n’empêche, on est souvent largué. Surtout dans le futur le plus lointain, où le scénariste se lâche dans l’abstraction jusqu’à l’abscons avec ses délires post-humanistes. Plus encore, il vaut mieux savoir où l’on met les pieds : TOUS les mutants ayant déjà fréquenté les pages des X-Men sont de la partie et il est recommandé d’avoir parcouru quelques runs précédents pour saisir l’ampleur de ce qui se trame, largement méta. Cela fait partie du charme que de se laisser balader, néanmoins, et Hickman sait, lui, parfaitement où il va. Il retombera sur ses pieds à l’arrivée.

house-of-x_couv2Surtout, il n’est pas qu’un bâtisseur de mondes et un auteur total, dont on devine qu’il a eu vite fait de transformer ses dessinateurs (les très bons Pepe Larraz et R.B. Silva) en simples exécutants. Comme chez Xavier, derrière l’impeccable maîtrise de soi de façade bat un cœur et une passion inébranlables pour ses protégés. Ce Victor Frankenstein n’a pas oublié de doter sa créature d’une fiancée en la personne de Moira MacTaggert. Beau personnage né sous la plume de Chris Claremont qui est ici réimaginé en mutante capable de se réincarner, pour servir de fil rouge entre toutes les temporalités et témoigner de l’expérience de Xavier, son amour de toujours.

L’épisode qui lui est entièrement consacré est un chef d’œuvre : 50 pages pleines à craquer où la scientifique se retrouve à vivre des dizaines de scénarios possibles. Un tour de force époustouflant et bouleversant, à l’image de ce HoX/PoX qui fera date et a déjà redéfini la franchise. « Venez à moi mes X-men », fait dire le scénariste à Xavier en guise de cri de ralliement. Venez à Jonathan Hickman, surtout. Marvel lui a donné les clés de toutes les séries régulières relatives aux mutants, qui intègrent désormais Krakoa dans leur continuité.

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House of X/Power of X.
Par Jonathan Hickman, Pepe Larraz et R.B. Silva.
4 volumes chez Panini, 112 p., 8,90 €.

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