Eino : une histoire groenlandaise
Pour dire vrai, on y connait que couic au Groenland. Alors qu’il subit ces derniers temps les appétits du furieux président américain et, donc, le feu des projecteurs, le territoire et ses habitants restent eux, largement mystérieux. En bande dessinée, les récents De Pierre et d’os du regretté Jean-Paul Krassinsky, adapté du roman éponyme de Bérangère Cournut, et La Terre Verte d’Alain Ayroles et Hugo Tanquerelle venaient apporter heureusement un peu de lumière. En voici un troisième, Eino, premier album de Margot Englebert, paru chez Sarbacane. Mais un décor rare fait-il un bon album ?
C’est toute la question qui se pose à la lecture de cette BD au scénario somme toute relativement convenu. Tiraillé entre son désir d’ailleurs et le respect des traditions, la jeunesse groenlandaise est ici au cœur du récit sous les traits de l’adolescente Sialuk. Celle-ci, niant la mort de son frère Eino, disparu depuis un an, ne peut se résoudre à vivre sa vie pleinement. Dans un désir vain de le retrouver, elle part avec un père distant pour un week-end de chasse qui, bien sûr, déliera les langues et les cœurs.
On pourrait se plaindre d’une petite impression de déjà-vu. On préfère louer la tendresse de l’autrice pour ses personnages ainsi que sa gestion toute en douceur de leurs émotions. Si la larmichette vient si facilement, c’est que Margot Englebert sait le poids du silence et l’importance de l’épure dans ce genre de situation. D’autant que son dessin, tout de crayons de couleurs vêtu et de lignes discrètes orné, joue également de cette atmosphère feutrée. La blancheur des paysages n’est plus un spectacle étourdissant mais le miroir d’une absence et de l’atonie d’un esprit dévasté par la tristesse. En définitive, Eino, qu’on conseillerait plutôt pour ces fameux young adults, est un premier album qui augure de bien belles promesses.





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