Le Bus #3
En 2012, les éditions Tanibis surprenaient en publiant en français (même si la majorité des planches sont muettes) le premier recueil de strips du Bus, série de gags en deux strips signée Paul Kirchner, débutée dans le magazine étatsunien Heavy Metal en 1979. Le principe était simple, quasi immuable : un homme bedonnant en imper attend son bus, il arrive et ensuite quelque chose déraille – que ce soit lors de la montée, à l’intérieur, ou simplement dans l’infime et infini moment avant l’arrivée.

Il s’agissait alors d’une intégrale pleine d’humour absurde, volontiers surréaliste – influence revendiquée de l’auteur –, qui réussissait à faire du gag pleinement 70’s dans son absurdité, avec un dessin parfois quasi clinique, malgré quelques envolées soudaines dans un monde plus psychédélique. En 2015, surprise, un tome 2 paraît, entièrement inédit et réalisé directement pour l’éditeur français, plus de 25 ans après l’arrêt soupçonné. Et voici donc en 2025 un tome 3, qui continue d’explorer l’éternelle relation entre le passager, le conducteur, l’environnement – une triade qui ne réussit pas toujours à dialoguer.

Peut-être n’est-ce qu’une impression, mais il semble à la lecture que Kirchner se soit permis plus de sorties de route : le Bus devient un personnage d’aventure, d’affiches de film, le passager a de plus en plus de difficultés à monter à son bord, le méta fantasque paraît rompre plus régulièrement la rigidité quasi architecturale du trait. L’humour est toujours le même, et toujours un peu différent, la formule fonctionne et plusieurs pages sont franchement drôles, le tout dans une atmosphère étrangement lourde et aseptisée.
Une reprise après 25 ans, un troisième dix ans après, à ce rythme Kirchner pourra sortir le quatrième tome dans 5 ans. Est-ce souhaitable ? Jusqu’ici la contrainte tient la route, l’auteur fait un peu plus d’embardées sauvages, mais la surprise est cependant moins forte. Dans l’entretien donné à Bodoï cité plus haut, Kirchner indique ne plus être obligé de rien, c’est sans doute ce qui permet à la série de conserver une force gaguesque et de toujours faire rire sans lasser.





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