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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | August 21, 2017

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Elodie Durand à la recherche de sa mémoire

31 janvier 2011 |

parenthese_introC’est l’histoire d’une jeune femme qui perd la mémoire. D’abord par instants fugaces, puis par pans entiers : l’alphabet, les chiffres, son adresse, son nom… C’est l’histoire vraie d’Elodie Durand, illustratrice d’une trentaine d’années, qui a dû lutter contre l’épilepsie et une tumeur au cerveau. Dans La Parenthèse, son premier récit long en bandes dessinées, elle raconte les premiers symptômes, les consultations chez le neurologue, les opérations risquées et surtout la terreur de constater la perte de la mémoire des choses les plus simples. Avec un trait sobre et expressif, Elodie Durand – aujourd’hui guérie – dessine un livre submergé d’émotions, bouleversant de justesse et de sensibilité. Interview téléphonique et enjouée, depuis son atelier strasbourgeois.

parenthese_sourireComment vous-êtes vous attaqué à ce récit si intime de vos années avec la maladie ?
Au départ, je voulais mettre de l’ordre dans mes souvenirs. Au fil des années, je me suis mise à rassembler des éléments, pour reconstituer ces événements. C’était une démarche très personnelle, assez troublante en fait. Je me suis servie de ce premier défrichage pour un travail lors de mes études aux Arts Déco de Strasbourg. Puis, j’ai laissé tout ça de côté. Avec un peu plus de recul, j’ai commencé à plancher sur la structure d’un récit, sur la narration. Et j’ai été accueillie quelques mois en résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême, pendant lesquels j’ai préparé un dossier pour les éditeurs. Mon projet a ensuite été retenue par Delcourt, et j’y ai passé toute mon année 2009.

Vous êtes aussi partie en chasse de vos souvenirs manquants…
Oui. Même si la mémoire m’était peu à peu revenue, il y a des moments dont je ne me souvenais pas du tout, et d’autres qui étaient déformés. J’ai interrogé ma mère, mon père, ma soeur, des amis aussi, pour reconstituer cette histoire, et recouper leurs témoignages. J’ai dû ensuite faire le tri entre l’essentiel et l’anecdotique, et accomplir un gros travail d’écriture.

parenthese_seuleMême des années après, était-ce difficile de se confronter à des souvenirs si douloureux ?
C’est le fait de me remémorer des événements, de revivre certaines scènes qui m’a fait prendre conscience à quel point ces souvenirs étaient douloureux. Car pendant des années, je n’acceptais pas d’avoir été malade. Il a donc fallu laisser passer du temps…

La réalisation de La Parenthèse peut se voir alors comme une sorte d’analyse…
Au départ, oui, certainement. Mais une fois que je me suis attelée à ce projet – ce qui était finalement le plus dur – j’ai dépassé le stade de l’analyse pour me concentrer sur la création et sur la structure de mon livre.

Pourquoi ne pas donner votre prénom à votre personnage, alors qu’il s’agit bien de vous ?
C’était plus facile pour moi de la mettre en scène comme un personnage. Elle s’appelle Judith, c’est mon deuxième prénom. Comme une autre moi. Ce choix est aussi dû au fait que, pendant des années, j’ai nié la maladie. Cela justifie aussi le titre finalement : je raconte un moment précis de ma vie, une parenthèse dans celle-ci, pendant laquelle j’étais très différente de celle que j’avais été jusqu’alors, et très différente de celle que je suis aujourd’hui. Je trouve que cette distance créée avec le personnage renforce aussi l’aspect témoignage : La Parenthèse n’est plus un simple récit autobiographique, mais une histoire.

parenthese_negation

Avez-vous pensé à d’autres témoignages en bandes dessinées ?
Pas un en particulier, même si j’ai lu, bien sûr, Pilules bleues de Frederik Peeters ou L’Ascension du Haut Mal de David B. Les livres de Pascal Rabaté aussi, qui écrit des histoires de vie, intimes, sensibles, avec des personnages qui nous ressemblent.

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Vous représentez votre mal comme une sorte de poupée noire à grosse tête qui vous avale. Aviez-vous cette image en tête pendant vos années de traitement ?
Non, cette image est venue pendant la création du livre. Mais elle fait écho aux croquis que j’ai réalisés pendant ces années, ces « dessins vite faits » comme je les appelle. Je fais ce genre de gribouillis depuis toute petite, c’est ma façon à moi d’exprimer mes émotions, comme la colère par exemple. Quand j’ai feuilleté, bien plus tard, les dessins réalisés pendant la maladie [voir extrait ci-dessous], j’ai voulu en faire quelque chose. J’en ai intégré certains au livre, tels quels, car je trouve qu’ils renforcent le récit.

Pour qui avez-vous réalisé ce livre ?
parenthese_carnetPeut-être un peu pour moi et surtout pour mes proches au départ. Car, même s’ils étaient à mes côtés pendant ma maladie, ils ne savaient pas ce que je ressentais vraiment. Ils ont été très émus à la lecture. Mais j’ai aussi très vite pensé au public. Car j’ai toujours pensé que mon histoire pourrait intéresser des gens. D’ailleurs, quand je l’évoquais au cours d’une discussion, je sentais que je suscitais une certaine curiosité. Dans La Parenthèse, j’ai voulu témoigner sans trop expliquer, raconter les faits et les émotions, sans commenter. Je souhaitais que le lecteur ait toujours envie de tourner les pages.

La sortie du livre est-elle un soulagement, une preuve que ces années difficiles sont bien derrière vous ?
Non, je ne me sens pas soulagée, mais plutôt contente d’être allée au bout de ce projet. Et je suis curieuse de voir comment il sera reçu et quelle porte il m’ouvrira pour la suite. La parenthèse est bien refermée, ce n’est plus seulement un passé : c’est un objet, c’est un livre.

Propos recueillis par Benjamin Roure

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La Parenthèse.
Par Elodie Durand.
Delcourt, 14,95 €, le 19 mai 2010.

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La fiche de l’album sur nouvellesbd.com.

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Commentaires

  1. luxsword

    Très bel album, très touchant, très juste.

  2. luxsword

    Très bel album, très touchant, très juste.

  3. c’est un ouvrage excellent , j’adhère entièrement.Le propos est hyper bien traité , figuré avec beaucoup de justesse.Je mets une bonne note.

  4. c’est un ouvrage excellent , j’adhère entièrement.Le propos est hyper bien traité , figuré avec beaucoup de justesse.Je mets une bonne note.

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