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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 23, 2017

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LES + DU BLOG : « BATTAGLIA, UNE MONOGRAPHIE » 2/3

4 octobre 2006 |

LES DEBUTS : « NOUS GAVIONS DE CANIFF »
Cannif, modèle pour Battaglia. BATTAGLIA : « Dans l’après-guerre, la bande dessinée était un des rares endroits où l’on pouvait travailler. L’illustration en noir et blanc comme on l’entendait dans les années vingt était en train de disparaître et la bande dessinée à l’américaine se développait. Tout naturellement mon premier contact, je l’ai noué avec le groupe vénitien de L’Asso Di Piche (1). Dans une ville comme Venise il n’est pas difficile de faire connaissance avec des gens qui partagent les mêmes intérêts et les mêmes activités. Des amis communs me firent entrer en relation avec ce groupe. Il y avait le grand Pratt, Faustinelli, Bellavitis devenu entre temps architecte, l’écrivain Ongaro et moi, nous étions pleins d’idées et d’espérance. Cette revue fut pour nous tous le laboratoire où nous avons voulu apprendre la bande dessinée américaine. Je me suis référé moi aussi à ces modèles dont les archétypes étaient Caniff, Foster et Raymond. À ce moment-là Caniff était le plus imité. Nous nous en gavions. Il semblait facile à copier : des plans américains, des personnages de profil, de grandes masses de noir et de blanc… Nous étions fascinés par cette nouvelle façon de dessiner, même s’il me fut difficile de passer de la plume au pinceau.


Nous avons travaillé héroïquement jusqu’en 1950. Je dois avouer que ma collaboration fut plutôt restreinte, je ne fis pour eux que six planches, entre temps j’avais accepté d’illustrer un livre pour les écoles primaires. Et comme je n’avais pas le courage de dire au groupe que je m’en allais, j’ai inventé avoir été appelé sous les drapeaux. Je suis resté ainsi enfermé deux mois à la maison sans me faire voir. Dans une ville comme Venise, il est impossible de se balader sans se faire remarquer, ce qui m’obligea à ne sortir que tard le soir. Une fois le livre achevé, je me suis représenté au groupe en déclarant avoir fini ma période militaire. Puis Pratt a brodé à son tour, inventant une histoire très drôle selon laquelle, je me serais fait tailler une veste dans une toile pour billard afin de valoriser le fait d’avoir accompli mes obligations militaires !
Après le groupe est parti pour l’Argentine à la suite d’une proposition de l’éditeur Civita, mais je n’y suis pas allé. J’ai prétexté devoir me marier, ce qui arriva effectivement trois mois plus tard ! Je poursuivis cependant ma collaboration avec eux. Ongaro m’envoyait par la poste les scénarios que j’illustrais. »



« LUI ET PRATT SE DISPUTAIENT SANS ARRET ! »
Madame BATTAGLIA : « Il était très lié avec Hugo Pratt, ils s’étaient rencontrés dans leur jeunesse, ils se disputaient sans arrêt ! Tous deux avaient du caractère et chacun voulait prendre le dessus. Ou plutôt, même si Dino ne voulait pas prendre le dessus, il ne supportait pas la prédominance d’un autre ! Il arrivait ainsi que parfois, ils ne s’adressaient plus la parole pendant quelques jours ; puis, ils se retrouvaient dans un festival, ils se regardaient de loin, le visage fermé ensuite ils commençaient à rire et s’embrassaient à nouveau. Pour tout recommencer plus tard… Il y avait une grande estime réciproque. Je me souviens encore de l’enthousiasme de Pratt pour une couverture inspirée des Mille et une Nuits destinées au Corriere dei Piccoli (2) : « Bravo ! On croirait entrer dans un bordel turc… ça leur fera du bien à ces traditionalistes puritains ! »

PRATT : « QUAND JE REGARDE SES DESSINS, LE TEMPS S’ENVOLE »
PRATT : « Parler de Dino ? C’est la chose la plus difficile et sans doute la plus inutile au monde. Il y a ses dessins tout est là. Quand je regarde ses dessins le temps s’envole. C’est le dernier grand dessinateur. Vous voulez quelques noms ? Doré, Remington, Howard Pyle, Beardsley, Dana Gibson, Mc Clure, Porcheddu, Terzi, Gustavino et lui. Parmi tous ces noms illustres, il y a aussi le sien. J’aurais aimé avoir réalisé moi-même beaucoup de ses dessins. » (3)

1. L’Asso di Piche : mensuel de BD paru en 1945-1947 et en 1968-1969, à l’initiative de deux résistants, Ongaro et Faustinelli. Ce journal vénitien regroupe quelques futurs grands de la BD, dont Hugo Pratt qui invente la mascotte du journal.
2. Hebdomadaire de BD, né en 1908, complément illustré du
Corriere della Sera de Milan, influent journal italien. Il fit découvrir à ses lecteurs les héros américains (Little Nemo, Pim Pam Poum). Dans les années 1970, il s’ouvrit aux auteurs belges tels que Morris, Hermann et Greg. Pratt y signa Fanfulla, L’Île au trésor et Battaglia Gulliver et les Lilliput.
3. Extrait de la monographie italienne de Battaglia chez Grifo, 1981.

Battaglia, une monographie, 98 pages n/b, Mosquito, 13 euros. Témoignages de Madame Battaglia, Pratt et Toppi. Articles de Cuozzo, Douvry, Lador et Péju.

Prochain extrait : DU GRIS QUE L’ON ROULE…

Illustrations extraites de Battaglia, une monographie © MOSQUITO, 2006.

(Les titres et inters sont de la rédaction).

Voir le précédent dossier : 1/3, 3/3

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