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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | January 17, 2017

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5 Comments

Pénélope Bagieu et Joann Sfar en plein space opera

4 novembre 2013 |

Convoquées à New York dans une célèbre école de danse, pour participer à une émission de télé, sept filles se font enlever par les aliens. Elles échappent à la destruction de la Terre, mais doivent cohabiter dans un vaisseau spatial… Délirant space-opera, Stars of the stars est né des imaginations conjuguées de Joann Sfar et de Pénélope Bagieu.

portrait_starsPourquoi une telle histoire ?

Joann Sfar : En tant que fan de science-fiction, j’étais déprimé de voir qu’il n’y avait plus que des hommes vieux (enfin de mon âge) dans les festivals du genre… J’ai souhaité m’amuser avec la forme la plus classique qu’on connaisse, celle d’un 46 pages couleur, et voir ce qu’on pouvait ainsi dire sur la SF aujourd’hui, après dix années de zombies et de récits post-apocalyptiques. Je voulais aborder ainsi la problématique du réveil identitaire, avec une héroïne noire et une juive. Qui dansent, car ce sont des personnages en chemin vers ce qu’ils sont. J’ai aussi souhaité évoquer l’esprit “reality show” qui a tout envahi, même le domaine artistique : les sept filles de Stars of the stars sont les sept dernières humaines vivantes et, malgré cela, souhaitent encore écraser leurs rivales. C’est un peu Caïn et Abel, on n’a rien inventé… Ce qui m’intéresse aussi chez ces nanas embarquées dans un trip narcissique, c’est le moment auquel elles vont cesser d’être égoïstes. J’avais envie de jeter toutes ces questionnements dans un space-opera joyeux où, au lieu de se tirer dessus, on danse.

SotS_Montage.inddComment ces personnages ont-ils pris forme, graphiquement ?

Pénélope Bagieu : Joann m’a donné 50% de chacune des héroïnes, en m’expliquant leur caractère, leurs névroses, sans s’attarder sur le visuel. Ensuite, j’ai dû trouver comment elle dansent, se battent – ce qui exprime finalement plus de choses sur elles que ce qu’elles disent. Ce qui m’intéressait, c’était la façon dont elles s’organisent dans un si petit espace : si on met sept souris dans une boîte, qui va manger l’autre, qui va se cacher dans un coin ? Il m’a fallu penser à tous les détails, y compris à la manière dont leur voix résonne. Et j’ai dû les aimer toutes très fort, pour ne pas en laisser une de côté, afin que le lecteur les aime aussi. La cohésion de groupe est hyper importante, car il n’y a rien de pire qu’une histoire chorale ratée !

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Quelle est l’importance de la danse dans l’histoire ?

P. B. : C’est un personnage à part entière, comme le vaisseau. La danse tient ici autant de place que les dialogues : les mouvements devaient être limpides, simples, naturels. C’est par ce biais qu’elles vont s’évaluer entre elles, qu’elles vont essayer de s’éliminer l’une l’autre. Je n’ai pas eu de difficulté, tout a été très fluide dès que j’ai su qui elles était. Il a été par exemple évident qu’Angoissette se tenait comme un araignée, avec ses grands membres maladroits.

SotS_Montage.inddPourquoi situer Stars of the stars à New York ?

J. S. : Si ça se passait à Paris, ça m’amuserait beaucoup moins… New York est le centre du monde dans tous les films et séries télé. Alors j’ai fait comme si nous évoluions dans un long-métrage américain, où les Français sont forcément pénibles… La Française, Maurisse, arrive ainsi de loin, et apporte un exotisme intéressant. En nous obligeant à simplifier, la BD nous pousse à créer des personnages caricaturaux pour ensuite entrer dans leur intimité avec des dialogues plus oraux et cinématographiques. J’aime cela, prendre des héros à la Village people et les faire parler comme dans un Rohmer.

Pourquoi ce langage contemporain, avec beaucoup de références actuelles (par exemple au logiciel d’Apple Siri) ?

J. S. : Je ne réfléchis pas. Parfois c’est trop grossier, alors j’en enlève, parce que je veux que les gamins de douze ans puissent lire l’album. D’autres fois, je pars dans un truc et on ne comprend rien… Mais l’important est d’être dans la foi, de donner le sentiment que le personnage existe. Ce qui est essentiel, c’est le retour de Pénélope : j’écris quelques pages, que je lui fais lire. Je veux la faire marrer, créer chez elle un appétit pour la suite. Je m’adresse à elle, et sa réaction peut faire obliquer l’histoire. C’est pour ça que quand je travaille avec quelqu’un je suis souvent meilleur que seul. Concernant Pénélope, je ne veux pas connaître ses goûts, je ne souhaite pas orienter le récit dans telle ou telle direction pour lui plaire. Je m’aperçois que c’est une auteure très jeune, qui se remet beaucoup en question à chaque livre, elle est en permanence en pleine révolution. Comme avec une comédienne, j’essaie de rêver du prochain truc qu’elle va faire, sans pour autant la modeler. Nous avons certainement chacun un côté caricatural, avec lequel nous essayons de jouer. Il y a chez moi une manière de surjouer le machisme niçois, chez Pénélope une douleur sur les attributs féminins, une façon de ne pas vouloir abdiquer la beauté, l’élégance.

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SotS_Montage.inddPénélope Bagieu, comment avez-vous mené cette collaboration ?

P. B. : Si Joann a écrit pour moi, moi j’ai dessiné pour lui. Pas une seconde je ne me suis demandé qui allait lire le livre, si le public allait aimer ou pas. Le fait d’avoir les pages au compte-goutte – Joann n’envoyait la suite que quand je les avais dessinées – a été très stimulant. Je ne me sentais pas ravalée au rang de simple exécutante, puisqu’il me faisait sentir qu’il avait besoin de mon dessin pour que les personnages s’affinent. C’est pour ça que ces héroïnes sont aussi les miennes, puisque Joann ne m’a pas envoyé quarante pages de scénario en me disant “à dans un an !”. C’est peut-être pour cela que j’aime autant cet album, qui fut pour moi un vrai chantier commun.
J. S. : Le trait de Pénélope a fait évoluer l’album en permanence : un dessinateur de bande dessinée n’est pas un illustrateur, c’est un metteur en scène et un acteur. Ce que je trouve très drôle, c’est que je n’ai jamais dit autant de choses sur moi, sur mon enfance, qu’en faisant parler Angoissette [dont la mère est morte, et qui court – en vain – après l’affection et l’admiration de son père]. Mais dès que les gens le lisent, ils pensent qu’il s’agit exactement de Pénélope ! Cela veut dire que le personnage est réussi, qu’il tient debout sans nous, et que chacun interprète la fiction.

Comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?

P. B. : Joann m’a proposé par téléphone de m’écrire une histoire de bagarre et de danse dans l’espace. J’étais très contente ! Il m’a ensuite précisé que ce serait une longue série, j’étais morte de bonheur.
J. S. : J’ai été très heureux d’être l’éditeur de Cadavre exquis de Pénélope, je cherchais une idée suffisamment casse-gueule pour nous motiver. Une personne a dû me dire une fois de trop “une vraie nana ne dirait pas ça”, et ça m’a tellement énervé que j’ai voulu en mettre sept… J’ai utilisé ici tous mes souvenirs avec des comédiennes, que je fréquente depuis quelques années – je les adore, elles me fascinent, mais elles me les brisent…

SotS_Montage.inddQuels sont vos projets ?

P. B. : La suite de Stars of the stars, qui comptera au moins trois épisodes. Le deuxième (dont j’ai les premières pages dans ma boîte mail) commence aussi brutalement que le premier s’est terminé. On redémarre sur le personnage très énigmatique de Natacha [un robot sensible qui enlève les sept danseuses pour le compte des extraterrestres], qui révèle des secrets et fragilités…
J. S. : Mon Journal de merde vient de sortir. Et je travaille pour le cinéma sur un projet de thriller en langue anglaise, dont je ne peux dire plus…

Propos recueillis par Laurence Le Saux

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Stars of the stars #1
Par Pénélope Bagieu et Joann Sfar.
Gallimard, 14€, le 5 septembre 2013.

Images © Gallimard.

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Commentaires

  1. Francois Pincemi

    Pourquoi en parlez vous si tard? cela fait deux mois qu’il est sorti et beaucoup de libraires l’ont déjà retiré des rayons.

  2. Benjamin Roure

    Eh bien François, c’est la conséquence d’une avalanche de sorties en cette rentrée, dont vous êtes bien conscient, je pense. On ne peut pas parler de tout, tout de suite. Donc on étale dans le temps. Et entre temps, on a fait un nouveau site aussi 😉

  3. lili

    pas grave d’en parler si tard… le livre se fait descendre sur Amazon tellement c’est mauvais. heureusement mon magazine préféré n’en a pas parlé et c’est pourquoi je me désabonnerais jamais de lui ! Mais bon Laurence Le saux et Sfar sont assez copains non ? (cf Twitter).

  4. Laurence Le Saux

    Bonjour Lili, j’ai apprécié l’album, contrairement à d’autres lecteurs en effet. De là à tirer des conclusions rapides et erronées d’un échange anodin sur Twitter…

  5. Francois Pincemi

    merci pour les précisions envoyées par mail, effectivement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat….

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