Philippe Druillet

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Bonus du hors série BoDoï consacré
aux Grands Prix du festival d’AngoulĂŞme

 

Philippe Druillet
Grand Prix 1988
 
La première difficulté que vous avez rencontrée en voulant faire
ce métier…

L’argent. La maison Dargaud était à cette époque très paternaliste, ce qui signifiait que l’on se faisait avoir, mais que nos problèmes d’argent étaient réglés sur l’heure. Donc respect à Dargaud ! L’autre problème, c’était celui du format des planches. On était trois dans ce cas là – Paul Gillon, Jean-Claude Forest et moi –, et c’était chaque fois le même refrain : « Elles sont trop grandes vos planches, ça va pas être lisible. »

La première personne qui vous a fait confiance…
Goscinny, bien sûr. Avec René, nous ne nous sommes jamais quittés ! Comme Jean-Pierre Dionnet, c’était un homme exceptionnel capable de dire : « Je ne comprends pas ce que je lis, mais c’est de qualité alors on publie ! » On est bien loin de ça aujourd’hui, dans pas mal de maisons d’édition…

La première personne qui a démoli votre travail…
C’était magnifique ! Je sortais de chez Losfeld, éditeur de mon premier album. En face de moi, le critique Hubert Juin – qui travaillait au Figaro ou au Monde, je ne sais plus. Nous parlons un peu, à la suite de quoi il pond deux colonnes que j’ai précieusement gardées. Elles se terminaient par : « Dans le fond, Lone Sloane n’est jamais qu’un gardien de vaches perdu dans l’univers ». Il m’avait démoli, mais ce qu’il disait n’était pas faux. Il m’a rendu service en quelque sorte.

Le premier festival d’Angoulême…
Il s’agissait de la troisième édition je crois. J’y étais allé avec Jean-Pierre Dionnet et Jean Giraud dans une camionnette ! Ça a été et reste une fête, notre festival de Cannes à nous. Et aussi une communion avec les lecteurs.  Mais je pense que le festival est aujourd’hui en péril. La mairie le considère comme un moyen de faire marcher le commerce local. Il devient un cérémonial professionnel au milieu du public, bien sûr. Mais le soir, il y a surtout des ronds de jambes de 400 personnes qui se terminent à 7 heures du matin. C’est un truc entre le bazar d’Istanbul et la foire aux bœufs, avec en prime la grippe ou la dysenterie au bout de deux jours. Et le lendemain, il faut assurer ! Heureusement, il y a les compagnons, les amis. C’est l’occasion de se voir, d’échanger, de boire des coups…

Propos recueillis par Hubert CHARDOT