L’Invisible
Que s’est-il passé dans cette maison close en Ukraine ? Comment Valérie a-t-elle survécu au massacre qui y a été perpétré ? Et aurait-elle quelque chose à voir dans celui-là ? C’est ainsi que commence cette enquête à rebours, où la jeunesse de l’héroïne auprès des révolutionnaires au Nicaragua, préparant le renversement du tyran à la fin des années 1970, revient hanter le présent.
À travers une narration gigogne, dont les flashbacks s’entremêlent avec une certaine virtuosité, Rubén Del Rincón propose un thriller politique et romantique enlevé, porté par une héroïne complexe. Une vieille dame qui se prend de plein fouet une information issue d’une page de sa jeunesse qu’elle pensait à tout jamais refermée, et qui décide de se muer en ange vengeur. La ligne romanesque choisie par l’auteur espagnol suffit, la plupart du temps, à ne pas s’arrêter sur l’invraisemblance des rebondissements, et la construction un brin emberlificotée évite aussi de se poser trop de questions. On est ici pour se laisser porter par le souffle de l’aventure, avec un décorum guérillero intéressant. Côté graphisme, le dessinateur privilégie toujours le mouvement et l’expressivité à la belle image trop parfaite, pour preuve ses gros plans de visages disgracieux, déformés par la colère, la peur ou le doute : un parti-pris osé mais qui a le mérite de l’originalité et de la cohérence.





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