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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | October 19, 2017

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12 Comments

Luz: « Comme rien n’est impossible avec Sarkozy, il faut souvent être plus inventif que lui. »

28 avril 2009 |

luz_intro.jpgOn rencontre Luz dans son appartement du XXe arrondissement parisien, dans lequel s’empilent des disques de rock et des bouquins de peinture, des journaux et des bandes dessinées. Le cheveu fou, il tente de faire un peu de place sur une table, mais ne résiste pas à l’envie de pousser le son de l’ordinateur pour nous faire écouter un étonnant remix électro de Bryan Ferry. Puis il montre la série de « portraits de concerts » et autres photos-dessinées qu’il a commencé à réaliser avec une photographe suisse. Il finit par s’asseoir et dit être en train de réfléchir au prochain gag pour Charlie Hebdo, où il va mettre en scène comme chaque semaine Nicolas Sarkozy (sujet au choix: la nécessité de muscler son périnée ou le temps de parole du chef de l’État). Rencontre avec un auteur remuant et mordant, qui cite pêle-mêle Calvin & Hobbes et Francis Bacon, Robert Crumb et Winshluss, et qui vient de sortir un recueil de strips désopilant: Les Sarkozy gèrent la France.

Comment êtes-vous venu au dessin de presse ?
Après une terminale scientifique, j’ai suivi des études de droit dans l’idée de devenir journaliste. Mais c’était un choix par défaut, parce que je savais qu’il était compliqué de vivre de ses dessins. Je faisais des petites BD de mon côté et, à un moment, j’ai complètement arrêté de dessiner pendant un an et demi. Je ne sais pas trop pourquoi… Mais quand j’ai repris, ce fut pour faire du dessin politique.

luz_dadou.jpgPourquoi ce genre plutôt qu’un autre ?
Je n’ai jamais été fasciné par les histoires longues. J’aime le côté hystérique du dessin d’actualité : une idée chasse l’autre, on travaille dans l’urgence… Mais le danger est de perdre le plaisir de dessiner et d’oublier qu’on est avant tout des dessinateurs.

C’est-à-dire ?
Souvent, quand tu es en perte d’imagination, tu fais un truc symbolique, à partir d’une idée facile. Ou tu laisses trop ton trait de côté. Ou tu es dans la plate illustration de l’actualité, et là c’est juste de la merde. C’est pour ça qu’il ne faut pas hésiter à mettre du texte, des bulles… Sinon, tu risques de perdre de la substance narrative. Toutefois certains réussissent très bien à se passer de texte. Willem est très fort pour ça.

luz_rolex.jpgComment s’est passée votre arrivée à Charlie Hebdo ?
Au début, c’était super dur car je devais bosser avec des références du métier, des monuments graphiques comme Cabu et Gébé. J’ai donc dévoré leur travail pour comprendre ce qu’ils faisaient, comment ils le faisaient, et surtout pour ne pas faire la même chose qu’eux! Mais finalement, même si on très nombreux à Charlie, les dessins qui se percutent sont assez rares. Même s’il arrive souvent de constater que Willem a eu la même idée que nous, et avant nous, dans ses dessins pour Libération.

Et comment va Charlie, depuis le départ de Siné et le lancement de Siné Hebdo ?
Le départ de Siné a été chiant, car il a laissé un gros trou dans la rédaction. Mais je pense que ça nous a donné un coup de pied au cul nécessaire, car on ronronnait pas mal… On a donc travaillé comme des chiens pour assumer notre identité et nous différencier de Siné Hebdo, et surtout passer outre cette polémique que nous ne pouvions maîtriser. Je pense qu’on a réussi à devenir plus inventifs qu’avant.

luz_pauvcon.jpgVous venez de sortir une compilation de vos strips, Les Sarkozy gèrent la France. Votre représentation de Nicolas Sarkozy a-t-elle changé depuis le temps que vous le dessinez ?
Malheureusement, j’ai déjà pas mal d’années de Sarkozy derrière moi. Le jeu avec ce personnage a commencé avant son élection, et continue aujourd’hui. C’est un work in progress, je ne calcule pas grand-chose. Toutefois, au moment de son élection, j’ai voulu le faire évoluer, pour différencier le candidat du président, aller peut-être vers quelque chose de plus anguleux. Sauf que, pas de bol, il est toujours candidat! Même président, il reste un petit chef de l’UMP en campagne. Mais j’ai passé du temps à l’étudier, de plus en plus près, tout en le dessinant. Dans la presse, le dessin d’aujourd’hui est un peu le brouillon de celui du lendemain. Il y a quand même une chose qui a changé : maintenant, je dessine super bien les Rolex.

Qu’est-ce qui vous fascine le plus chez lui ?
Son omniprésence. Je me demande toujours comment il arrive à être partout à la fois et à avoir une vie privée en même temps. Et aussi le fait que c’est un homme seul, un onaniste, un type qui a de moins en moins besoin des autres. Mais je suis comme beaucoup de monde, j’attends le jour où il va craquer. On veut tous être là quand il va imploser !

luz_main.jpg

Constitue-t-il un bon personnage pour un dessinateur de presse ?
Oui, bien sûr. Même si, comme rien n’est impossible avec ce mec, il faut souvent être plus inventif que lui. D’un autre côté, c’est aussi la schizophrénie du boulot : le but de dessiner des cons, c’est qu’un jour ils ne soient plus là. Je suis bien conscient de l’aspect « écrivain public » de mon métier : je dessine pour soulager les gens, qu’ils voient une image qui les fasse rire derrière les vraies images.

Sarkozy a-t-il été facile à caricaturer ?
Oui, bien plus que Chirac. Je l’ai tout de suite eu en main. À tel point que, dès que je commence un brouillon de n ‘importe quoi, c’est un petit Sarkozy qui sort de mon crayon.

luz_megret.jpgN’en avez-vous jamais marre de le dessiner ?
Ça fait peur de toujours dessiner la même chose, c’est vrai. Et en même temps, je ne peux pas m’en empêcher. Mais il faut vraiment le dégager en 2012, parce que je ne tiendrai pas cinq ans de plus !

Il y a près de dix ans, vous sortiez Les Mégret gèrent la ville. Qu’est-ce qui a changé en une décennie ?
À l’époque, le FN dirigeait une ville en mettant l’accent sur la sécurité, et en faisait une vitrine pour ses ambitions nationales. De plus, il avait choisi le thème de l’immigration comme cheval de bataille. Dix ans plus tard, Nicolas Sarkozy a dans un certain sens réalisé les ambitions du FN. Peut-être que dans quelques années, on aura un ministère de la Préférence nationale et que personne ne le remarquera…

Vous allez assez loin dans le côté trash quand vous représentez Nicolas Sarkozy et sa famille. N’avez-vous jamais eu de problèmes ?
Non. Une fois, j’ai fait un dessin assez fort et me suis dit que s’il passait, je serais tranquille pour la suite. C’était pour le nouvel an: j’avais dessiné Sarkozy présentant ses vœux aux Français au fil de plusieurs dizaines d’années. Au début, il avait une belle montre et une ligne de coke. Puis, au fur et à mesure, les rails de drogue se multipliaient et les filles autour de lui également. Jusqu’à ce qu’il ait un saladier rempli de cocaïne et des prostitués mâles à ses côtés… Le dessin est passé et je n’ai eu aucun souci. Mais en fait, je crois que le plus vache, c’est de le dessiner avec un gros cul. Ça, c’est vraiment salaud !luz_wii.jpg

En mettant en scène le président dans des situations non politiques (devant une Wii à faire du hula hoop, sur une plage à boire du Red Bull, etc.), n’avez-vous pas peur de diluer le message contestataire ?
Non, car mes strips Les Sarkozy gèrent la France et maintenant Robokozy sont un espace que je me réserve justement pour m’éloigner de la politique, que je traite par ailleurs dans Charlie Hebdo. Pour mieux cerner la politique sarkozienne, je pense qu’il faut la dépersonnaliser, puisque lui-même nous a entrainés dans une personnalisation de la République. Je vois mes strips comme un moment de relâche : il faut rendre Sarkozy cocasse pour éviter qu’il nous fasse peur. Je rejoins Winshluss quand il dit que notre monde crève d’un manque de fantaisie. Et aussi Gébé qui disait que, pour avancer dans la société, il faut faire un pas de côté. Je ne crois pas aux révolutions qui se mènent les sourcils froncés : il faut essayer de voir les choses autrement pour retrouver l’énergie de se battre.

Propos recueillis par Benjamin Roure

Images © Luz / Charlie Hebdo – Les Échappés

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luz_couv1.jpgLes Sarkozy gèrent la France.
Par Luz.
Charlie Hebdo / Les Échappés, 15 €, le 2 avril 2009.
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Commentaires

  1. manne

    j’essaye de m’inscrire à votre newsletter et cela ne marche pas

    joemanito@yahoo.fr

  2. manne

    j’essaye de m’inscrire à votre newsletter et cela ne marche pas

    joemanito@yahoo.fr

  3. hohoh, mais que se passe-t-il?? on vous y inscrit!

  4. hohoh, mais que se passe-t-il?? on vous y inscrit!

  5. spino

    « On a donc travaillé comme des chiens pour assumer notre identité et nous différencier de Siné Hebdo (…). Je pense qu’on a réussi à devenir plus inventifs qu’avant. »

    ouais, t’as raison Luz.

    inventifs à Charlie ?

    voir : http://www.telerama.fr/monde/coups-bas-entre-charlie-hebdo-et-sine-la-suite,42200.php

    je suis déçu…

    S.

  6. spino

    « On a donc travaillé comme des chiens pour assumer notre identité et nous différencier de Siné Hebdo (…). Je pense qu’on a réussi à devenir plus inventifs qu’avant. »

    ouais, t’as raison Luz.

    inventifs à Charlie ?

    voir : http://www.telerama.fr/monde/coups-bas-entre-charlie-hebdo-et-sine-la-suite,42200.php

    je suis déçu…

    S.

  7. Mallot

    « il faut vraiment le dégager en 2012, parce que je ne tiendrai pas cinq ans de plus ! ».

    Tenter d’abattre médiatiquement un président ne l’empêchera pas de rester 5 ans de plus. C’est l’union d’une opposition qui fait gagner les élections, pas la diabolisation du président actuel, sinon Bush et Chirac n’auraient pas été réélus (et Sarkozy n’aurait même pas été élu du tout).

    Affirmer le contraire, c’est soit être naïf, soit se donner un alibi pour avoir le droit de continuer à jouer au jeu de massacre. « Caricaturer plus pour gagner plus d’argent » ;o) !

  8. Mallot

    « il faut vraiment le dégager en 2012, parce que je ne tiendrai pas cinq ans de plus ! ».

    Tenter d’abattre médiatiquement un président ne l’empêchera pas de rester 5 ans de plus. C’est l’union d’une opposition qui fait gagner les élections, pas la diabolisation du président actuel, sinon Bush et Chirac n’auraient pas été réélus (et Sarkozy n’aurait même pas été élu du tout).

    Affirmer le contraire, c’est soit être naïf, soit se donner un alibi pour avoir le droit de continuer à jouer au jeu de massacre. « Caricaturer plus pour gagner plus d’argent » ;o) !

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