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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | August 17, 2018

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Avec Edouard Luntz

10 août 2018 |
ALBUM
Avec Edouard Luntz, le cinéaste des âmes inquiètes
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
PRIX
23 €
DATE DE SORTIE
03/05/2018
EAN
2754821414
Achat :

Qui se souvient encore d’Édouard Luntz, cinéaste français de la fin des années 60 et du début des années 70 ? Pourtant, il est l’auteur de neuf films, dont trois, Le Dernier Saut, L’Humeur vagabonde et Les Coeurs verts, ont été salués dans les plus prestigieux festivals de cinéma. De plus, il a tourné avec les grands de l’époque, Michel Bouquet ou encore Jeanne Moreau. Lorsque le jeune étudiant en cinéma Julien Frey croise le chemin de ce cinéaste en 1998, il est loin d’imaginer ce qu’a été cet homme, et laisse passer l’occasion d’en savoir plus et de travailler avec lui. En 2015, au gré d’une trouvaille qui fait l’effet d’une madeleine de Proust, Julien Frey repense à Edouard Luntz, et cette pensée obsessionnelle l’envoie sur les traces perdues du réalisateur et de son oeuvre, tel un détective privé. Il rencontre de nombreux protagonistes – amis, techniciens, acteurs… – dont Michel Bouquet. Ces pas l’emmènent de la bibliothèque nationale François Mitterrand, jusqu’à Washington !

avec_edouard_luntz_image1 Pourtant tout est réuni pour faire de Luntz une légende : auréolé d’un net succès critique pour Les Coeurs verts, Luntz est approché par Darryl F. Zanuck, dernier nabab d’Hollywood, producteur à la 20th Century Fox, et « patron » de John Ford, d’Elia Kazan, etc. Cet homme fait la pluie et le beau temps chez les réalisateurs et les acteurs, tel Henry Fonda, qu’il considère comme ses employés. Il est convenu que Luntz tournera Le Grabuge, un film au nom prémonitoire : 2h45 de film, un budget qui explose – même pour Zanuck –, un tournage épique au Brésil à l’époque du « power flower »… Luntz et son équipe sont écartés du montage : le film ne durera que 1h20. Furieux, Luntz attaque Zanuck en justice. Il gagne le procès : depuis, le final cut est partagé entre le réalisateur et le producteur. Malgré cette victoire, Le Grabuge sort en format raccourci et ne rencontre pas son public. Peu à peu, et malgré deux autres films, l’oeuvre de Luntz tombe dans l’oubli …

Julien Frey se met en scène avec brio dans cette recherche effrénée, entre enquête policière et parcours quasi-mystique. Il reprend la même formule que dans Michigan, sur la route d’une War Bride et que dans le remarqué Un jour il viendra frapper à ta porte, évoquant la mémoire du génocide des juifs à travers un récit autobiographique. Loin d’être lancinant – un risque dans la BD documentaire française, souvent bavarde –, Julien Frey change les temporalités pour nous plonger un moment chez Zanuck, puis l’instant d’après sur le tournage en 1968 du Grabuge, enfin dans sa quête contemporaine. Il travaille habilement le mystère qui nourrit sa propre obsession. Et il y a de quoi : seul le film Les Coeurs verts a été édité en DVD, pour le reste, c’est un véritable chemin de croix pour y avoir accès. Quant au Grabuge, des pans entiers des 85 minutes coupées ont totalement disparu. De plus, la Fox reste très elliptique quant au film sorti à la fin des années 60.

Le trait clair de l’espagnol Nadar dont l’oeuvre récente mérite un net détour – Papier froissé, Le Monde à tes pieds, Salud ! – trace en noir et blanc les lignes de cette enquête dans des portraits mi-caricaturaux, mi-réalistes, cherchant, avec un minimum de moyen, le maximum de rendu. Idéal pour cette enquête passionnante sur un mystère ignoré du septième art !

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