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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 30, 2020















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2 Comments

Clyde fans

5 décembre 2019 |
SERIE
Clyde fans
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
COLLECTION
PRIX
49.9 €
DATE DE SORTIE
13/11/2019
EAN
2413011242
Achat :

Clyde fans 1Illustrateur, designer, maquettiste de talent – vous le connaissez forcément pour la splendide maquette de The Complete Peanuts –, Seth (George Sprott 1894-1975, La Vie est belle malgré tout, La Confrérie des cartoonists du Grand Nord…) est le fer-de-lance de la bande dessinée indépendante canadienne aux côtés de ses compatriotes Chester Brown et Joe Matt. Obsessionnel, ultra-perfectionniste comme l’est son confrère et ami Chris Ware (Building Stories, Jimmy Corrigan…), l’auteur nous offre un objet réfléchi de bout en bout. Du coffret en passant par les pages de garde, les pages d’ouverture et fermeture. Cet ouvrage de presque 500 pages est son plus imposant, son plus important et son plus abouti. Sa plus belle œuvre à ce jour.

Celle-ci se développe en cinq parties qui suivent les deux frères Abraham et Simon Matchcard ainsi que Clyde Matchcard, leur père, à différents moments de leur vie. Ce dernier est à la tête de « Clyde fans », une entreprise de ventilateurs qui prospère un temps puis connaît ses premières difficultés à l’arrivée de la concurrence de l’air conditionné. À une époque où la société de consommation cherche le meilleur prix plutôt que la qualité, les gérants de Clyde fans ratent le coche et cela les mène à la faillite.

Seth creuse son récit et entre méticuleusement dans les détails de cette société et de ses trois personnages clés. Toute leur vie est énoncée et exposée sous nos yeux. Il est question du temps qui passe, de celui de toute une vie entre regret, ressentiment et solitude. Cette histoire est tout autant un portrait familial que l’histoire d’une industrie familiale face aux mutations du commerce et de la consommation. Elle raconte si peu en apparence et en même temps tant de choses au microscope, qu’il serait à la fois très facile et très complexe de la résumer. Car bien qu’imposante, cette bande dessinée repose sur une intrigue particulièrement limitée. En surface elle est simple, quasi banale, alors que dans le fond elle est d’une rare précision et densité psychologique.

Clyde fans 3L’idée de cette bande dessinée est venue à Seth dans les rues de Toronto. En passant devant une boutique désaffectée du nom de « Clyde fans », il décida d’en tirer ce récit imaginaire titanesque. Ce fut un travail qui s’est fait sur la longueur, car il lui aura fallu 20 ans pour mettre un point final à cet ouvrage. Oui, 20 ans. Entamé en avril 1997 dans le 10e numéro de son comics Palookaville, il y mit fin dans l’opus 23, publié en juillet 2017. Les premières pages de ce récit avaient déjà été publiées voilà 16 ans dans la collection écritures des éditions Casterman sous le titre Le Commis voyageur. Celles-ci prennent à présent tout leur sens et ampleur.

C’est au travers d’une tranche de vie au rythme très posé prônant le non-événement et la non-action que Seth déroule son récit. Clyde fans est une œuvre qui se vit et se construit comme ça, sur la longueur, avec une grande stabilité scénaristique et graphique. Car sur une telle temporalité, il n’était pas gagné de conserver une telle unité de dessin. Si le graphisme bouge peu, c’est sa mise en page qui s’affirme avec le temps, s’inspirant de (et inspirant à son tour) ses confrères cités précédemment… Et pour avoir eu la chance de lire récemment des récits de Gasoline Alley de Frank King (Walt & Skeezix), certaines planches révèlent aussi une filiation qui ne peut nous échapper.

Couchées sur un papier crème de qualité, les planches sobres à la ligne sûre et rétro de Clyde fans associent le noir au bleu, couleur désormais emblématique de l’auteur. En résulte un très bel et imposant objet livre. Une œuvre somme qui fera date dans sa carrière. Chris Ware dit lui-même que « Seth est l’un des meilleurs auteurs de bande dessinée […] et Clyde fans est l’un des meilleurs romans graphiques jamais écrits. » Si même le maître s’incline, il ne vous reste plus qu’à vous laisser tenter par la longue et mélancolique poésie narrative de Seth.

 

Clyde fans 2

Commentaires

  1. CD

    Le commis voyageur était sorti chez Casterman (dans la collection Ecritures) et non Delcourt

  2. Rémi I.

    En effet, erreur que j’ai remarquée un peu tard, mais c’est à présent corrigé.
    Merci pour votre œil attentif !

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