Fleur bleue
Fleur Belladone vit seule dans son immense manoir en décrépitude, qu’elle a du mal à tenir depuis la mort de ses parents. Elle se concentre sur l’entretien de la serre, ouvrage magnifique et écrin de vie pour fleurs en tous genres. Un jour, elle rencontre le Prince Narcisse, entomologiste amateur, en apparence beau gosse au cœur sensible. Ça, c’est le récit côté pile. Côté face, on découvre une Fleur au teint livide et aux cheveux bleus, qui assassine les hommes qui tentent de la séduire…
Pour imaginer cette histoire, qui puise une partie de son décorum horrifique dans le conte Barbe Bleue, Justine Cunha (Dans les yeux de Lya) s’est inspirée de la relation toxique qu’elle a subie deux années durant avec un pervers narcissique. Narcisse, le nom n’est pas choisi par hasard (des fois qu’il faudrait être on ne peut plus explicite…), sous ses dehors doux et enjôleur, est effectivement un manipulateur terrifiant, expert dans la culpabilisation et les techniques d’emprise. L’idée n’est pas mauvaise, et le recours à la fiction aux accents gothiques change un peu des récits réalistes ou des témoignages autobiographiques.
Sauf que les ficelles sont un peu grosses, et surtout la vengeance morbide de Fleur est une morale difficile à avaler : victime d’un salopard, la jeune femme tente d’exorciser ses démons en tuant les autres mâles qui passent, même paisibles et innocents, et sa folie sanguinaire ne sera pas punie. Il fallait en passer par là, c’est fâcheux, mais c’est ainsi, nous dit la conclusion… Plus précisément, la morale allégorique conclut que, pour guérir d’une relation toxique, il faut d’abord se pardonner soi-même et rejeter toute la culpabilité dont on s’est convaincu. Et Fleur le fera, allégorie donc, en tuant des gens. C’est un peu limite, quand même. On ne gardera donc de cet album que les belles ambiances fantastiques d’une autrice au trait auparavant plutôt marqué jeunesse et qui convainc côté adulte. Mais graphiquement seulement.
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