Little did I know
On en ressort lessivés. Little did I know est ce genre de livre qui ne se pénètre qu’avec ardeur, sudation et amour de l’art. Journal en bande dessinée de dix ans de questionnements artistiques par l’olibrius Benoît Jacques, il résiste à la critique et à la notation. Si, ici, trois étoiles viennent sanctionner ce livre, elles ne signifient pas grand chose si ce n’est : faites-en ce que vous voulez de ce livre. Des haltères, pourquoi pas, puisqu’il s’agit d’un pavé de près de 400 pages. Un document, c’est sans doute mieux, puisque nous y suivons les divagations précieuses d’un artiste, il est vrai, fascinant. Un moment inédit de lecture, c’est plus sûr, puisque plonger dans cette masse vous rendra tour à tour dépité, hypnotisé, largué, passionné, indifférent, éberlué.
Ainsi donc nous sont racontés, au fil de la plume, une décennie de recherches et d’errements de la
part d’un dessinateur qui doute sans cesse quand bien même sa carrière parle pour lui. Sous la forme d’une quête incohérente et digressante d’un capitaine (Ça) et de son second (Surmoi) à la recherche du troisième larron (Moi), les pages se suivent, surchargées de lignes, de textes, d’erreurs, de tâches, de références et d’obsessions. On y croise des héros de la littérature, des beaux-arts et des contes, des personnages réels ou inventés, des situations identifiables ou issues des limbes du cerveau de Benoît Jacques, tout cela dans un tourbillon au déchiffrement ardu et parfois inutile. Pas d’esquisse, pas de crayonné, pas de scénario, de l’improvisation pure, au débotté, sans recul de la part l’auteur si ce n’est celui qui vient en dessinant. C’est ce qui fait son malheur et sa beauté.
Car c’est cela, l’objet de ce livre : observer avec le moins de filtres possible le maillage labyrinthique de la pensée d’un créateur. Comme le capitaine, nous ahanons, suons, galérons à se faire une place dans ce journal à la densité titanesque. Était-il destiné à être publié ? On dirait que non en lisant le texte de remerciements final. Mais là, n’est pas la question. Le calice est là, il faut le boire. À vous de voir si la substance qu’il contient agit comme le poison ou le médicament.





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