Sikkim Stories
Oubliez l’avion. Oubliez le bateau. Oubliez même le train. La seule bonne façon de se rendre dans le sous-continent indien, c’est de suivre attentivement la bibliographie de Simon Lamouret. Après Bangalore (2017) et L’Alcazar (2020) suivi par un petit détour chez nous (le formidable Homme-miroir, 2024) le voilà de retour pour nous conter la vie de là-bas, aussi différente dans son environnement que semblable sur la nature des hommes. Pour ce Siikkim Stories, il s’est adjoint les services de Pema Wangchuk Dorjee, un journaliste local qui ne fut pas de trop tant le territoire visé semble cette fois bien difficile à déchiffrer pour le seul Toulousain.
À deux, ils y parviennent brillamment, à travers l’histoire de trois individus se rattachant de près ou de loin à la région du Sikkim, partie de l’Himalaya coincée entre l’Inde et la Chine, avec ses peuples, ses langues et ses particularités géographiques. Il y a Sangay, éleveur de Yak, Pema, botaniste, et enfin Jaspreet, novice troufion. Entre la militarisation de la région due à la proche frontière, la perte des traditions liée au départ des jeunes et un aménagement du territoire sans retenue pour l’environnement, le Sikkim souffre un tantinet, Au milieu de ce bazar, nos trois personnages principaux, qui ne se croiseront que le temps d’une soirée et de quelques pages, tentent de se maintenir à flots avec un rôle bien défini : l’ancien, la déracinée et le nouveau venu.
Il en faut du talent de synthèse et de mise en récit pour nous embarquer là-bas. C’est là où la doublette Dorjee/Lamouret est appréciable. Au premier de nous balancer et hiérarchiser les infos qui font sens. En peu de pages et de scènes, les enjeux sont posés et les grains de sable identifiés. Au second de nous inciter à l’empathie grâce à la création et à l’animation de personnages. De son trait délicat, Simon Lamouret nous attache à ces problématiques aussi singulières qu’universelles autant qu’à ses héros. De paysages grandioses en saynètes urbaines en gros plans, il parvient à nous faire voir la grande image en nous plongeant à l’intérieur. Une habitude chez lui, mais qui ici prend une envergure impressionnante. Bienvenue dans le Sikkim.





Publiez un commentaire