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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 19, 2017

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Soleil manga à la croisée des chemins

3 septembre 2012 |

bilbao_introBientôt dix ans que Soleil s’est lancé dans le manga, un investissement qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Au départ principalement centré sur le seinen et le shôjo, le catalogue a évolué au fur et à mesure des changements de direction. À la tête de Soleil manga depuis 2007, Iker Bilbao s’est confié à nous lors de la dernière Japan Expo. Il évoque le rachat de Soleil par Delcourt, les orientations de son catalogue et de la situation difficile que traverse le secteur.

bilbao_wingsDepuis le désengagement de Mourad Boudjellal et le rachat de Soleil par Delcourt, qu’est-ce qui a changé pour Soleil manga ?
Les différences sont importantes. Tout le monde le sait, le manga n’était pas une passion pour Mourad Boudjellal. Il ne s’en est jamais caché et plusieurs de ses déclarations m’ont d’ailleurs mis en difficulté avec les Japonais… L’avantage depuis le rachat, c’est que nous avons un interlocuteur qui s’intéresse réellement au manga. Avec Mourad Boudjellal, nous avions une forte indépendance et une liberté totale sur la ligne éditoriale. Avec Guy Delcourt, nous gardons cette liberté et bénéficions d’une expertise du milieu en plus !

bilbao_chocoLa grande majorité de vos titres shôjo est issue du catalogue Shôgakukan. Que pensez-vous du rachat de Kazé par Shûeisha/Shôgakukan/Shopro et de la priorité des licences offertes à l’éditeur français par Shûeisha ?
Tout d’abord, il faut être clair, il ne s’agit pas d’une exclusivité sur les licences, mais d’une première option (lire notre interview de Raphaël Pennes, directeur éditorial de Kazé manga). Un peu comme le fait Kôdansha avec Pika. À l’heure actuelle, seule la Shûeisha a annoncé cette démarche, mais je ne me fais pas trop d’illusions pour la suite… Pour tous les titres dont nous avons déjà publié les auteurs, il ne semble pas y avoir de problème pour l’instant, nous arrivons à avoir leurs autres séries. Seul un cas reste à part, celui de Kozue Chiba, mais cela est dû au fait que nous n’avions pas encore obtenu Wings of Freedom alors que Kazé demandait déjà Blue, sa nouvelle série. A priori, Raphaël Pennes n’a pas envie d’empiéter sur les plates-bandes des autres éditeurs. Après, nous avons tout de même envie de nous défaire de notre « Shôgakukan dépendance » par rapport à nos titres shôjo. Jusqu’à fin 2013, nous resterons beaucoup sur le catalogue Shôgakukan, mais nous travaillons d’ores et déjà avec Kôdansha pour publier des titres de cet éditeur.

Que pensez-vous de l’arrivée de Hyoe Narita à la tête de Kazé ?
Je ne suis pas sûr qu’il faille craindre sa venue. Il était déjà là avant et je ne pense pas que le but des Japonais soit de saborder le marché français du manga. Certes, il va avoir une obligation de résultat, mais à terme, je ne suis pas si certain que l’on vivra la même situation qu’ont vécu les Etats-Unis, où Kôdansha et Shûeisha sont implantés et dominent totalement le marché. En France, nous avons certes un gros marché, mais il est très particulier : il est solide et a une très forte personnalité.

bilbao_deusBeaucoup le disent, il est difficile de sortir un titre sur le marché actuel, notamment à cause d’une surproduction. Quelle est votre stratégie pour garder la tête hors de l’eau ?
Nous ne sommes plus au début de l’édition du manga en France, où il y avait beaucoup de titres à fort potentiel. Maintenant, ils sont déjà tous publiés. À mon avis, ce n’est pas la surproduction qui génère les difficultés, mais c’est surtout le fait qu’il n’y ait plus de titres forts. D’ailleurs, on peut le voir aisément, les grosses séries fonctionnent sur le marché… C’est donc à nous de trouver ces titres avant les autres ! Soleil Manga a toujours fonctionné sur l’innovation: les premiers mangas adaptés de jeux vidéo, notre collection classique qui propose des adaptations d’œuvres littéraires du patrimoine mondial… Ensuite, nous gardons à l’esprit qu’il faut que les titres choisis soient atypiques pour qu’ils ne se fondent pas dans la masse. Nous avons également une logique d’auteur, qui permet une certaine fidélisation du lectorat. Enfin, nous publions des séries courtes, ce qui permet un renouvellement permanent tout en évitant les gros risques.

Les collections shôjo et gothique concentrent plus des deux tiers de votre catalogue. Ne craignez-vous pas de vous faire catégoriser comme ce fut le cas pour Taïfu comics ?
Mais nous sommes déjà catégorisés ! Notre catalogue est rempli à 80% par du shôjo parce que c’est que l’on attend de nous. Taïfu comics s’est sauvé en se centrant sur les attentes des lecteurs, nous avons fait pareil. Nous n’avons jamais pu percer dans le shônen car tous les titres de ce genre qu’on aime ne se vendent pas. Nous n’avons pas de reconnaissance pour ça, donc nous ne continuerons pas là-dedans… En revanche, sur le seinen, nous allons nous battre car nous avons une légitimité et une réelle envie de proposer des titres forts. Pour revenir au shôjo, notre catalogue plaît beaucoup aux filles. En effet, les lectrices démarrent plein de séries et sont très fidèles. Par exemple, elles continuent des séries qu’elles n’ont pas forcément adorées, alors que les garçons lâchent tout de suite… Grâce au shôjo, nous avons un matelas de sécurité qui nous permet d’avoir une base stable et de minimiser les risques.

bilbao_doroAlors que vous aviez des seinen forts dès le début, pourquoi ces titres sont plus rares à présents ?
Ce fut un combat très long avec Mourad Boudjellal, car ces titres avaient beaucoup de mal à se vendre. Avec Shôgakukan, nous avions une volonté commune de terminer les séries entamées. L’éditeur japonais nous a soutenus et aidés dans ce sens. Il ne nous reste à présent plus que Dorohedoro et Higanjima, que nous mènerons à terme. Pour Dorohedoro, nous ne souhaitions pas dénaturer sa qualité éditoriale originelle, en gardant son grand format et ses pages couleurs. Pour ce faire, nous avons dû augmenter le prix. Le lectorat reste très fidèle à cette série et aura le droit à deux volumes par an. Pour Higanjima, c’est un autre problème… La série a bien démarré et s’est effondrée d’un coup. En effet, nous avions eu des soucis avec l’éditeur japonais et dû suspendre la série en cours de parution… Mais nous irons jusqu’à son terme, sur un rythme de 3 volumes par an. Hélas, il y a très peu de chances d’avoir la deuxième saison en France ! bilbao_madworldDernièrement, nous avons publié sous le titre Mad World, un premier one-shot [sur 3 – ndlr] qui est un peu détaché de notre catalogue habituel. C’est une exception, un coup de cœur qui porte une thématique importante [le mal-être adolescent] et une certaine forme de maturité. Cela ne nous empêchera pas de continuer à sortir des titres puissants et défouloirs. D’ailleurs, d’ici la fin 2012, vous pourrez lire Carnage à la tronçonneuse. J’ai hâte de le proposer aux lecteurs, c’est mon petit bonbon sucré de la fin de l’année. Un exutoire parfait, mais j’espère juste qu’il n’inspirera pas certains lecteurs !

Vous avez développé il y a peu une collection d’adaptation de classiques. Quel bilan tirer de ce démarrage ?
Nous avons commencé avec Le Capital, qui a très bien fonctionné car il a eu une très bonne critique et une grande couverture médiatique. Nous sommes heureux car nous commençons à être reconnu dans le milieu éducatif puisque ce titre est cité dans la bibliographie des manuels Nathan des premières et terminales ES. Avec cette collection, nous voulons populariser des œuvres qui sont connues mais peu accessibles en apparence (par exemple Le Rouge et le noir ou À la recherche du temps perdu), mais aussi des écrits philosophiques. Il est vrai que le trait n’est pas typique de la production manga (le studio qui s’en charge est composé de professeurs de dessin), mais il n’a pas de vocation commerciale. C’est classique, mais très maîtrisé. Je pense que cette collection séduit principalement des lecteurs tout simplement curieux. Nous espérons qu’ils se pencheront ensuite sur les œuvres originales. Nous développons donc cette collection à un rythme de 5/6 titres par an. En plus de La Bible que nous avons annoncée il y a un moment, nous sortirons deux autres titres qui me tiennent à cœur: une adaptation d’un texte de Confucius (Entretiens), un personnage important et accessible; et Le Prince de Machiavel. Ce ne sera pas une adaptation littérale de l’œuvre, mais une mise en relation de la vie de l’auteur avec celle du prince.

bilbao_classiques

Qu’en est-il des collections Jeux vidéo et Eros ?
Comme je l’ai dit auparavant, nous avons été pionniers dans la publication d’adaptation de jeux vidéo. Mais d’autres éditeurs s’y sont mis, c’est désormais la guerre pour chaque licence. Par exemple, pour Resident Evil, les éditeurs japonais ont fait monter les enchères et nous étions nombreux à nous battre pour en acquérir les droits. bilbao_zeldaEn effet, comme on le voit avec Beyblade (Kazé manga) et Inazuma Eleven (Kurokawa), ces adaptations sont de grosses ventes et sont donc attractives pour beaucoup d’éditeurs. Toutegois, tout ne marche pas non plus: Professeur Layton (Kazé manga) en est un exemple. Il y a donc beaucoup de travail à faire pour trouver des titres différents. Il va falloir dénicher des licences moins connues et porteuses. Pour la collection Eros, nous sortons environ un titre par mois. Nous avons des engagements politiques clairs : les personnages doivent être adultes, consentants et les relations non incestueuses..

Que pensez-vous du manga numérique ? Certains éditeurs s’y sont lancés, d’autres attendent… Ne serait-ce pas un vecteur porteur pour les titres de vos collections Eros et Jeux vidéo ?
Oui, idéalement, il serait intéressant de commencer l’expérience avec les titres Eros. On en discute d’ailleurs beaucoup en interne et avec les éditeurs japonais. Le gros problème est qu’on ne pourra pas être sur l’Apple Store ! Sinon, je pense que se lancer dans le numérique pour faire exactement comme avec les livres n’est pas intéressant. Si le numérique permet de publier en amont ou de sortir des inédits, cela devient intéressant. Je crois qu’il ne faut pas se précipiter mais chercher à faire autrement.

Propos recueillis par Rémi I.

Merci à Iker Bilbao (directeur de collection), Eloi Morterol (attaché de presse) et à l’équipe de Japan Expo.

Commentaires

  1. THE FUTURE KING OF THE PIRATES !!!!!!!!!

    SUPER !!! ça m’a fait connètre mieux SOLEIL MANGA , MERCI !! ^–^

  2. THE FUTURE KING OF THE PIRATES !!!!!!!!!

    SUPER !!! ça m’a fait connètre mieux SOLEIL MANGA , MERCI !! ^–^

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