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Xavier Dorison forge un super-héros made in France

18 mai 2009 |

dorison_intro.jpgXavier Dorison est fan de comics. Mais en France, pas facile d’imposer un personnage de super-héros. Avec ses Sentinelles, le scénariste de Long John Silver est parvenu à réaliser un rêve de gamin et à composer un récit sombre et crédible. Dessinée par Enrique Breccia, cette fresque sur la Première Guerre mondiale balade sur tous les fronts ses deux héros malgré eux, Taillefer et Djibouti, hommes-machines totalement manipulés par l’armée française. Xavier Dorison revient sur la genèse de cette série, démarrée chez feu Robert Laffont BD, et relancée par Delcourt avec la sortie simultanée des deux premiers tomes.

dorison_voiture.jpgD’où est venue l’idée des Les Sentinelles ?
Mon envie de départ était double : une bande dessinée de super-héros et un récit de guerre. J’avais d’ailleurs déjà écrit un synopsis pour Marvel, qui mettait en scène Iron Man en pleine Première Guerre mondiale, mais le projet n’avait pas abouti. Le mélange des genres n’est pas nouveau, puisque Captain America ou la Torche humaine ont déjà prêté main forte aux Alliés en 39-45. Mais en France, c’est une première.

Pourquoi n’y a-t-il pas de super-héros français comme on en trouve aux États-Unis ?
Je pense que c’est lié à notre histoire européenne. Les super-héros sont chargés d’idéaux, ils portent haut les valeurs d’une civilisation. Or, en France, depuis 14-18 justement, on est plutôt timide par rapport à nos valeurs, qui ont volé en éclats lors de cette guerre. On préfère mettre en avant notre culture plus ancienne, le Siècle des Lumières, le progrès scientifique… On a perdu nos idéaux. Vous imaginez un super-héros défenseur des 35 heures…?

Ce choix de situer l’intrigue des Sentinelles pendant la guerre de 14-18 n’est donc pas anodin.
Non, car il fallait d’abord que ce soit relativement proche de nous afin que la technologie développée dans l’histoire soit crédible. Ensuite, parce que cette période est la dernière où les Français croient encore suffisamment à leur pays pour accepter l’idée d’un surhomme français. Aujourd’hui, celui qui sort du rang, on s’amuse avec lui pendant six mois puis on le descend. On ne veut pas voir une seule tête qui dépasse ! Au début du XXe siècle, c’était encore possible.

Les Sentinelles n’ont pas choisi de devenir des héros. Sont-elles des victimes ?
dorison_djibouti.jpgC’est un ressort assez classique des histoires de super-héros. Ce sont souvent des « malgré eux ». Spider-Man ne serait pas devenu un héros si son oncle n’était pas mort. Bruce Wayne ne serait probablement pas devenu Batman si ses parents n’avaient pas été assassinés. Mon héros, Gabriel/Taillefer, est lui aussi une victime : un scientifique mutilé choisi comme fer de lance de l’armée française. De plus, il est pacifiste, ce qui facilite l’identification du lecteur, car on aurait aujourd’hui du mal à croire à un personnage va-t-en-guerre, prêt à tout pour tuer des « Boches ». L’autre héros, Djibouti, est également là malgré lui. C’est un brave type, mais qui n’a pas vraiment reçu d’éducation et a suivi la voie militaire sans se poser de questions. Sous l’influence d’une drogue, il est devenu une machine à tuer très obéissante. Il a beau être un fou dangereux sur le champ de bataille, il reste un ami fidèle, courageux et discipliné. Je l’aime bien !

Sont-ils des héros patriotes ?
Oui et non. Taillefer n’est pas un patriote dans le sens où on l’entend en général. Il serait prêt à se mettre au garde-à-vous devant les valeurs républicaines ou les Lumières, plutôt que devant le drapeau tricolore. C’est l’invasion allemande qui rend tous mes personnages patriotes.

dorison_taillefer.jpgEn général, qui dit super-héros dit super-vilain. Mais où est le vôtre ?
Ne vous inquiétez pas, il arrivera dans le troisième tome. Ce n’est pas étonnant, car un super-héros, dans ses premières aventures, lutte plutôt contre de banals gangsters ; le super-méchant intervient plus tard. On va donc bientôt découvrir un surhomme allemand, le « Ubermensch ». Mais il ne sera pas forcément le côté obscur de Taillefer, comme c’est le cas en général pour les super-vilains: ils sont l’ombre du héros. Car on peut difficilement distinguer les bons des méchants lors de la Première Guerre mondiale, même si c’est l’Allemagne qui a lancé une invasion. Il s’agit tout simplement d’une question de suprématie : chacun des deux camps veut imposer celle de ses idées, de ses valeurs, de sa culture sur l’autre. Et le surhomme est ce qu’il y a de plus pratique pour le faire.

Dans le deuxième tome des Sentinelles, Taillefer combat pour la première fois et devient un personnage public…
Lors de leur première mission, Taillefer et Djibouti font en effet partie d’un groupe de soldats. Avant que les combats ne commencent, Taillefer n’est que Gabriel Féraud, le nouveau lieutenant. Mais quand il sauve la peau de ses hommes grâce à sa force et son armure, il devient un super-héros. Il fallait montrer la réaction des simples soldats face à lui, car c’est dans le regard des autres que naissent véritablement les héros. Ensuite, les photos dans la presse diffusent le mythe.

dorison_foule.jpgVous qui êtes fan d’histoires de super-héros, ne seriez-vous pas tenté d’écrire pour les comics américains ?
On me l’a proposé plusieurs fois. Il y a donc eu cette histoire d’Iron Man en 14-18 qui n’a pas pu se faire. Et, à la demande de Marvel, j’ai écrit un synopsis de Captain America. Le problème, c’est que j’envoyais ce héros en Irak. Ça n’a pas plu et mon histoire a été censurée. J’ai donc laissé tomber. Travailler dans l’univers des comics était un fantasme d’enfant, mais on a finalement beaucoup plus de liberté et de tranquillité dans la bande dessinée franco-belge. Ici, on n’est pas formaté. Mais on ne se rend compte de cette liberté que lorsqu’elle disparaît.

Quels sont vos autres projets ?
W.E.S.T #5 sort ces jours-ci. Le troisième tome des Sentinelles est en train d’être finalisé. Je travaille aussi sur le prequel du Troisième Testament (Julius), ainsi que sur les suites du Syndrome d’Abel et de Long John Silver. Et j’ai toujours quelques projets de cinéma…

Propos recueillis par Benjamin Roure

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Les Sentinelles #1 et 2.
Par Enrique Breccia et Xavier Dorison.
Delcourt, 14,95 €, le 20 mai 2009.

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