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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | September 21, 2018















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Dans la valise de… Frederik Peeters

27 juin 2018 |

Tout l’été, BoDoï interroge des auteurs de bande dessinée pour savoir ce qu’ils vous conseillent de lire, regarder, aller voir pendant l’été. Histoire de prendre un bon bol d’air frais et de culture, récente ou non. BD, roman, série, film, disque, exposition, spectacle, ils partagent avec vous leurs coups de coeur. Première étape avec Frederik Peeters (L’Homme gribouillé, L’Odeur des garçons affamés, Aâma…).

81aJa2q-avLUn livre

Les Croisades vues par les Arabes, de Amin Maalouf [en poche chez J’ai lu]. J’y suis venu par volonté de me documenter sur l’histoire du Moyen-Orient, après Les Sept piliers de la sagesse de T.E. Lawrence. C’est simple, factuel, il y a un côté journal ou chronique, mais sur le fond, la folie des personnages ou des situations, la violence et la démesure, l’exaltation fanatique, tout cela enfonce Game of Thrones. Et surtout, à la fin, on repense la situation contemporaine, et on se dit qu’on n’a vraiment pas le cul sorti des ronces.

41VSndkX+3LUn autre livre

J’ai redécouvert Francis Ponge et Le Parti pris des choses [Gallimard], grâce à ma fille qui a étudié La Pluie à l’école, et il a tout de suite résonné avec une envie, une tendance qui m’envahit depuis quelques temps, en réaction au retour de la pensée religieuse, à la frénésie numérique, et à la destruction de la beauté naturelle. Une certaine façon de regarder intensément et profondément le réel. Il n’y a pas de mystique ni de lyrisme, c’est le poète de la beauté matérialiste, de la mécanique, le poète épicurien et atomiste, et je trouve qu’il aide le dessinateur à voir le monde, il tord le regard et le force à s’attarder sur la complexité des objets ou des évènements les plus simples, avec le petit pas de côté surréaliste qui le sauve de la frigidité absolue.

Une bande dessinée (ou plus)

9782353480234Je continue à m’acharner à promouvoir tout ce que fait Michael Desforges, dont une partie est merveilleusement éditée par Atrabile (Big Kids). C’est frais et acide, intelligent, foisonnant, très bien écrit, et son dessin est en perpétuelle ébullition.

Et dernièrement, j’ai été marqué par La Chenille de Maruo et Edogawa Ranpo [Le Lézard noir]. J’aime la sensation d’avoir clairement accès au cerveau profond d’un auteur dont le fonctionnement est extrêmement étranger au mien. Je serais incapable d’imaginer des situations et des images pareilles, et si je devais les exécuter, je ne saurais absolument par quel bout les prendre, sans faire de mauvais jeu de mots. Ici, tout devrait être repoussant et vulgaire, et pourtant, il y a une justesse, une sincérité, et une étrange beauté noire.

Un film

Bon, comme je commence à trouver le dispositif de la série un peu roublard, je choisirais un film frais pour l’été : Symbol de Hitoshi Matsumoto. Découvert avec un ami par hasard, c’est court, mais avec une ampleur cosmique, très drôle, très absurde, absolument neuf et jamais vu, parfois proche de l’art contemporain pop, mais jamais ennuyeux. En fait, ça fait même partie de ces trop rares films capables de surprendre toutes les deux minutes et dont il est absolument impossible de prédire le déroulement.

Et encore un livre

51N3uXDBjrLJ’ai lu La Supplication de Svetlana Alexievitch [en poche chez J’ai lu], suite à la sidération d’un ami. Elle recueille des dizaines de témoignages de gens qui ont été touchés directement par la catastrophe de Tchernobyl ou qui ont été impliqués, et elle réécrit les témoignages en y injectant en quelque sorte de la littérature. C’est magnifique, poignant, terrifiant, on se dit que Tchernobyl a été l’évènement majeur du XXe siècle et qu’on ne l’a pas vu, et c’est accessoirement cette lecture qui a déclenché le livre muet et apocalyptique que je suis en train de dessiner.

 

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