Le Syndrome de l’imposture
Connaissez-vous Fred Neidhardt ? Mais si, le scénariste des Tuniques bleues ! L’acteur secondaire fétiche de Riad Sattouf ! Mais aussi l’auteur de BD un peu sarcastique, le tenancier du « Fleurblog » racheté à un couple d’amis plus célèbres (Laurel et Tarrin) ou le cosignataire des « Monsieur Tue-Tout » dans un fanzine des 90’s.
Neidhardt est tout ça, mais aussi beaucoup d’autres choses. Pour un grand public de la grande époque de la télévision, nous parlons des 40 et +, il a pu être un visage passant dans diverses émissions, et ce parmi les plus populaires. Il allait donner de faux témoignages dans des programmes, bon client, qui mettait tout son art à piéger les dispositifs avec notamment un personnage fameux de radin absolu. Je me souviens pour ma part de ses reportages pièges dans L’Écho des savanes, avec Fabrice Tarrin – tentative d’achat de voix de maires à la présidentielle, Paris plage naturiste… On ne parle pas encore de « prank », mais d’impostures. Tout n’est pas du meilleur goût – tout est fait pour ne pas l’être même –, mais le bouchon poussé loin force le rire.
Alors que ses filles adolescentes n’ont jamais vu leur respectable papa ainsi, Neidhardt décide de coucher sur le papier ses meilleures vannes, mais aussi leurs préparations et leurs conséquences. Horreur pour les enfants face à tant de sarcasme et d’affront aux normes de l’acceptable ! Neidhardt essaie aussi de revenir sur son goût du faux : faut-il aller jusqu’à risquer de se faire casser la gueule ? Lui arrive-t-il de se sentir coupable ? Pour une imposture, son complice Tarrin, déguisé en flic fasciste, fait le tour des commerces tenus par des Magrébins en indiquant que la police doit poser des caméras dans chaque commerce. Face à la simplicité avec laquelle cette intrusion est acceptée, on se demande rapidement si tout cela est bien drôle ? Neidhardt lui-même, qui intervient ensuite déguisé en terroriste cherchant à acheter de quoi faire une bombe, se posera la question : le commerçant le saisit par le col pour le bloquer dans l’arrière-boutique et appeler la police !
À travers son récit, il dévoile les coulisses et notamment celle des émissions qui ne vérifient pas vraiment la crédibilité des témoignages, ce qui ne s’est sans doute pas arrangé avec le tout info en continu. Il révèle aussi une petite culpabilité quand un élu, pourtant honnête, perd son mandat après un faux-reportage. Inversement, il s’amuse de l’incroyable posture d’une adjointe confirmant à des habitants de bord de mer la construction d’une tour de logements sociaux entre la plage et eux, alors que c’est évidemment faux.
Dans ce premier volume (une série est annoncée), Neidhardt joue sur un fil entre la fierté de la blague, une autocritique ponctuelle, mais assume le malaise comme art de vivre. Il révèle aussi un mensonge ultime, dans une BD autobiographique, qui a traumatisé une génération de lecteurs de blogs. Malgré la sincérité apparente, faut-il le croire ? Difficile à dire, comme il est difficile de savoir si l’on a vraiment pris plaisir à lire cet album, qu’on a cependant bien du mal à lâcher quand on l’a débuté.






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