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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | March 27, 2017















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Nicolas de Crécy, auteur de manga

20 avril 2015 |

nicolas_de_crecy_photoAvec La République du catch, Nicolas de Crécy marque son retour après plusieurs années loin de la bande dessinée. C’est une expérience singulière qui l’a poussé à se remettre la tête dans des cases: une proposition de l’éditeur japonais Shueisha de publier une histoire sous forme de feuilleton dans une revue de manga. En adoptant les contraintes de ce format, l’auteur n’en a pas moins gardé son style, entre onirisme et humour noir. Il raconte l’histoire d’un petit monsieur issu d’une famille de mafieux, qui aux affaires familiales préfère vendre des pianos avec son ami, un manchot. Celles-ci le rattrapent pourtant, et le voilà pris dans une guerre sans merci entre catcheurs et fantômes. Nicolas de Crécy raconte à BoDoï les coulisses de cet ambitieux projet.

En 2011, vous disiez vouloir arrêter la bande dessinée… Pourquoi ce projet aujourd’hui?

J’avais dit comme ça que j’arrêtais la BD “pour le moment” et ça avait été sorti de son contexte. Je disais juste que j’attendais de retrouver une motivation, soit personnelle soit éditoriale. Je voulais simplement m’arrêter pour réfléchir et aller vers d’autres recherches. Dans la bande dessinée, on finit par se répéter. Et puis j’avais très très envie de développer des grands dessins, ce que j’ai fait.

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Mais au bout d’un moment la narration me manquait un peu. Mon gros problème, c’est quand les choses se répètent. Ça absorbe la motivation. Là le manga est arrivé au bon moment, parce que les grands dessins devenaient un système. Et dès qu’il y a système, il y a danger. Quand j’ai eu cette proposition de l’éditeur japonais, je n’étais pas encore prêt. Je leur ai dit oui au bout de presque un an.

Y avait-il des demandes ou des contraintes particulières?

J’avais carte blanche. Mais il y a quelques critères à respecter : que ce soit un feuilleton avec un peu de suspense à la fin de chaque épisode, que le récit soit fluide… L’éditrice m’a donné pas mal de conseils par rapport à la narration. Elle m’a montré des endroits que le lecteur japonais ne comprendrait pas et que j’ai modifiés. En fait, il faut être très très rigoureux par rapport à la mise en scène. J’ai refait des éléments dans les 30 ou 40 premières pages, et après ça roulait.

repcatch-CASE4Comment avez-vous vécu ce rythme de publication intense ?

J’ai dû prendre de l’avance parce que je devais impérativement partir au Mexique en novembre pour faire un livre pour Vuitton, un « travelbook ». Non seulement je devais suivre le rythme, mais je devais même être en avance. J’ai dû travailler sérieusement, pour faire à peu près 25 planches par mois, en comptant le scénario.

D’où vient l’inspiration principale de cet univers, avec ces catcheurs et ces monstres?

Je me suis dit, il faut que je fasse des choses comme un sous-terrain japonais, mais sans que ce soit dit ni montré. Je n’ai pris que des éléments qui sont en référence indirecte au Japon. Les mafieux par exemple : il y a les yakuzas au Japon. J’ai transformé ça en espèce de mafia italo-américaine mais ça reste quelque chose qu’on connaît au Japon. Le catch, les japonais adorent ça, mais c’est aussi en référence au sumo, avec cette idée d’un sport qui est chargé de symboles, de protocoles et de codes. Et puis, il y a les yokai, les monstres japonais. Moi je les ai appelés des fantômes, mais en fait c’est une référence à tous les yokai. Je ne voulais pas faire un truc japonais. Parce que ça, ils s’en foutent, ça les fait rigoler.

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Repcatch-CASE5Est-ce que la description «le plus japonais des auteurs de BD français», ça vous parle?

Pas du tout, non, je n’ai rien de japonais! Moi au début, je n’ai pas compris pourquoi ils s’intéressaient à mon travail, parce qu’il y a plein de choses dans la bande dessinée européenne. Je pense qu’il y a un mélange de deux choses. D’abord, le fait que j’aie un travail assez pictural, que les Japonais ne peuvent pas faire parce que le manga est beaucoup plus formaté – un système de 200 pages en noir et blanc, en série. Ensuite, il y a tout un hommage à l’histoire de l’art dans mon travail, cela peut toucher les mangakas qui s’intéressent beaucoup au dessin et à la peinture sous toutes ses formes… Et les Japonais trouvent sans doute des références qui leur paraissent très européennes dans mon travail, je pense. Cela et un univers, des personnages, qui sont pas très loin de ce qu’ils peuvent accepter de par leur mythologie. Je me suis aperçu sur le tard, par exemple, que dans Le Bibendum céleste, qui remonte à plus de 20 ans, on peut entrevoir plein de choses communes avec la culture japonaise et Miyazaki notamment, alors que je ne le connaissais pas du tout.

Avez-vous utilisé une technique particulière?

Je suis revenu à une technique que je n’utilisais plus vraiment, le crayonné. Sur Léon La Came, je ne faisais pas de story-board, rien du tout. Là, après trois ans sans toucher à la BD, je n’avais pas la main aussi sûre. La mise en scène est quand même un travail difficile ! Comme, en plus, j’étais dans des grands formats très libres, c’était compliqué pour moi de revenir à la mise en scène avec des personnages, des décors, combiner tout cela pour que ça fonctionne. Donc j’ai fait des croquis et un encrage classique, plume et lavis.

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Y aura-t-il une suite?

Cela ne dépend pas de moi. J’ai travaillé dans le principe japonais : quand ils commencent une série, ils ne savent pas si elle aura une suite, puisque cela dépendra du succès du livre. C’est toujours une fin ouverte. Tous les personnages que j’ai mis en place peuvent faire exister une suite, j’ai des idées pour trois ou quatre albums derrière sans problème.

C’est presque un peu frustrant pour le lecteur non?

On installe des personnages, il y a un antagonisme entre deux camps, on attend et une bataille, et de savoir s’il va trouver l’amour. On peut prendre ça comme un album d’exposition, mais j’y ai mis suffisamment de choses pour qu’il puisse se lire comme un tout.

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Après, si le livre fonctionne très bien au Japon, on me demandera peut-être une suite. Je vais de toute façon attendre un peu avant de me replonger dans une période de travail aussi intense sur un temps aussi long, je prendrais davantage mon temps si je m’attaque à une suite.

Propos recueillis par Sophie Gindensperger

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La République du catch
Par Nicolas de Crécy.
Casterman, 20 €, le 15 avril 2014.

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