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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | March 25, 2017















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Retour sur le Pulp Festival

18 mars 2014 |

pulp_festival05La Ferme du Buisson, scène nationale pluridisciplinaire de Marne-la-Vallée, était déjà à l’origine des Nuits curieuses, ces manifestations convoquant régulièrement la bande dessinée aux côtés d’autres pratiques comme le théâtre, la danse, la musique et les arts plastiques, en vue d’établir un dialogue souvent fécond plutôt qu’une simple confrontation. Nous avions déjà fait savoir, ici et , tout le bien que l’on pensait de ces initiatives. En association avec la chaîne Arte, elle inaugurait, cette fois le temps d’un long week-end, le Pulp Festival, une formule inédite se proposant, elle aussi, de placer « la bande dessinée au croisement des arts. » Retour sur la première édition de cette manifestation qui, on l’espère, se verra réitérée chaque année.

De la programmation foisonnante, nous n’avons pu tout voir (beaucoup de spectateurs pour des salles de petite jauge), mais ce à quoi nous avons assisté nous a particulièrement enthousiasmé. Voici donc, en textes et images, quelques-unes de nos impressions.

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Côté installations, Blexblolex et Loo Hui Phang mettaient la barre très haut, avec leur adaptation de La Ferme des Animaux d’Orwell extrêmement bien conçue, sur les deux étages d’un bâtiment entièrement tapissé de textes et dessins – escaliers compris. La narration de cette fable inquiétante, par l’auteur de 1984, se dévoilait progressivement aux spectateurs de tous âges, au rythme de leur déambulation. À mesure que l’on progressait au sein de cet espace, que le récit se noircissait, les murs se faisaient plus sombres, l’environnement plus inquiétant, jusqu’à la dernière salle, où l’on s’apercevait, en passant de l’autre côté d’un miroir sans tain, que le début même de ce que l’on nous présentait comme une utopie sonnait faux. Une jolie réussite, donc, qui semblait ravir tant les plus jeunes que les autres.

Un peu plus loin, les auteurs de la revue numérique Professeur Cyclope avaient investi le grand chapiteau du caravansérail. Dans une première pièce, trois écrans géants diffusaient des versions légèrement remaniées d’histoires parues dans le mensuel en ligne. Au sol, un tapis interactif complétait – de façon peut-être un peu anecdotique, mais pour le plus grand plaisir des enfants – le dispositif. La pièce suivante, moins attendue, constituait une fort agréable surprise. Sur les murs, des écrans présentaient des histoires parues dans le magazine, mais ces dernières ne progressaient pas d’un iota tant que les spectateurs n’avaient pas effectué une action bien précise, et à vrai dire assez inhabituelle : appuyer sur le bouton d’une photocopieuse, caresser un renard empaillé, tourner et retourner la clef d’une serrure, pédaler sur un vélo, ouvrir et fermer la porte d’un réfrigérateur, déclencher des capteurs à coups de tapette à mouches… Le tout nécessitait donc un engagement physique de la part du lecteur, comme pour tourner la page d’un livre, et réinjectait un peu de réel au sein d’un univers supposément virtuel.

pulp_festival14Dans un long couloir, sur un tapis roulant, défilait ensuite Une Histoire de l’Art de Philippe Dupuy, impressionnante fresque de quelque 28 mètres de long, retraçant avec maestria l’éducation artistique et les goûts du dessinateur, et publié mensuellement en scrolling vertical au sein de Professeur Cyclope. Enfin, le dernier espace était consacré à L’Herbier sauvage, le projet piloté par le scénariste Fabien Vehlmann, qui propose à qui veut de confier, en face à face ou par mail, certaines de ses plus croustillantes aventures érotiques, afin d’en publier des extraits choisis, agrémentées d’illustrations.

Enfin, si l’exposition Ceci n’est pas une bande dessinée avait de quoi intriguer sur le papier, où on la décrivait comme une réflexion sur les frontières entre BD, cinéma, arts plastiques et littérature, le résultat présenté s’avéra quelque peu décevant. Concrètement, six des boxes des anciennes écuries de la Ferme étaient chacun consacrés à l’univers d’un auteur (Jochen Gerner, David B., Jason, Frederik Peeters, Dash Shaw et Ludovic Debeurme), dont ils présentaient la plupart du temps un ouvrage, et s’il faut reconnaître que certains étaient plutôt réussis, l’ensemble peinait à constituer un tout homogène, et la réflexion tant attendue n’apparaissait qu’en filigrane. Dommage, surtout lorsque l’on se rappelle la belle installation sous lumière noire qu’y avait exposée en 2009 le duo Dupuy-Berberian…

pulp_festival25Côté spectacles, tous les projecteurs étaient braqués sur La Fille, de Jean-François Auguste, Christophe Blain et Barbara Carlotti. Adapté du livre-disque éponyme issu de la collaboration entre la chanteuse et le dessinateur, dont il suit d’ailleurs fidèlement la trame, ce road-movie théâtral et musical joyeusement foutraque retrace les amours et mésaventures d’un cow-boy gringalet et d’une sublime créature, chevauchant cheveux aux vents sa monture de métal, à travers les paysages désertiques d’une Amérique fantasmée. Si certains aspects du spectacle auraient sûrement mérité d’être un poil corrigés avant la première de ce 14 mars (des éléments du décor gênant parfois la lisibilité de l’ensemble, quelques baisses de régime et un espace scénique pas toujours très bien exploité par les musiciens-comédiens), gageons que le tir sera rectifié pour les représentations à venir. Et quoi qu’il en soit, saluons la prestation de Barbara Carlotti, la qualité de ses musiciens et les bonnes trouvailles du metteur en scène, qui font que l’on ne s’y ennuie guère.

L’une des excellentes surprises de cette première édition (il paraît que The Paper Cinema’s Odyssey était très bien aussi, mais nous n’avons pu y assister, faute de places et de temps), c’est sans conteste Histoire d’Amour, du collectif chilien Teatrocinema, d’après le roman du même nom de Régis Jauffret, paru en 1988. Entre deux écrans translucides, sur lequel sont projetés des images en noir et blanc, évoluent deux acteurs. La jeune femme est vendeuse dans un magasin. L’homme, professeur à l’université, doublé d’un psychopathe – il rappelle parfois le personnage interprété par Nicholson, dans Shining. Il la croise dans le métro, fantasme sur son corps, la suit chez elle, la fait boire et finit par la violer. Après un bref séjour en cabane, ayant décidé de lui faire un enfant, il cherche par tous les moyens à la retrouver. Une course-poursuite entre elle et lui s’engage alors… Bon, l’histoire pourrait à première vue paraître étrange, et d’autres metteurs en scène s’y seraient probablement cassé le nez. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la compagnie chilienne s’en sort avec les honneurs ! Ces derniers, au jeu volontairement caricatural – quelques effets dramatiques inspirés de l’esthétique des comics s’en font parfois l’écho – se déplacent sur le plateau avec une précision millimétrique, digne du Buster Keaton des grands jours. Et pour cause : devant et derrière eux, sont projetés en temps réel le décor et les accessoires : intérieur d’appartement, pizzeria, maison, ruelle, voiture, bouteille, etc. Mais regarder la bande-annonce ou, même quelques extraits (en espagnol) de cette expérience inédite, rappelant parfois Sin City et jouant avec les codes de la bande dessinée, sera sans doute bien plus parlant… et vous donnera peut-être l’envie de ne pas passer à côté lors d’une représentation future.

Bon, et nous aurions encore pu parler du spectacle dansé Qu’est-ce qui nous arrive ?!?, de la performance live de François Olislaeger (Mathilde, danser après tout), du Moral des ménages, avec Mathieu Amalric, Anne-Laure Tondu et les dessins de Blutch, des battles dessinées, des quizz, du Magic Mirror et de sa librairie, des conférences… Mais tout ça, nous le ferons la prochaine fois !

Photos © Pierre Gris pour BoDoï

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