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BoDoï, explorateur de bandes dessinées – Infos BD, comics, mangas | November 17, 2017

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Tes yeux ont vu

23 octobre 2017 |
SERIE
Tes yeux ont vu
DESSINATEUR(S)
SCENARISTE(S)
EDITEUR(S)
COLLECTION
PRIX
21.50 €
DATE DE SORTIE
21/09/2017
EAN
236081141X
Achat :

Face au manque de résultats de ses expérimentations, le Professeur Loew apprend son licenciement. Elle quitte donc l’hôpital. Mais sans regret. Car elle a bien mené à terme ses recherches. En secret, chez elle. Emet, c’est le nom de la créature à l’apparence humaine imaginée par le Professeur. La momie tente de se défaire non sans mal de ses bandages avant d’apercevoir son reflet dans le miroir. Éveil à la conscience et début de l’apprivoisement entre le Professeur savant et sa créature d’un nouveau genre…

tes_yeuxPas de savant fou dans la dernière BD de Jérôme Dubois (Jimjilbang, Nicole) mais une femme savante, démiurge moderne face à son Golem. On la devine ambitieuse, coriace, d’une exigence cassante (« Vous n’étiez pas facile mais on avait appris à vous apprécier avec le temps ») et surtout, en proie à une solitude sans fond. Pour la sauver, Emet se pose tout à la fois comme son bébé, son ami (et amant ?), confident et objet scientifique, fruit d’un long travail de recherche. De ces deux personnages, perdus entre l’innocence pure et le désenchantement, on ne saura pas grand-chose. Leur relation, en revanche, façonnée par une réciprocité bienveillante, nourrit l’attention. Il faut alors accepter de ne pas tout savoir et faire cas du mystère pour lire ce qui se joue dans les silences et les ellipses. Ou alors dans ces perspectives nocturnes géométriques, apercevoir une intimité naissante, sorte de mariage impossible entre raison et sensibilité. Car le Professeur Loew, semble-t-il, tente le pari fou de dépasser sa propre finitude, Emet étant le moyen et la fin de son projet.

Dans Tes yeux ont vu, récit d’apprentissage, tout est donc suggéré, des personnalités à l’objet des recherches (« sans compter les nombreuses questions éthiques soulevées par vos dernières études »). Mais c’est encore la splendide scénographie qui exprime le mieux cette froide et tendre complicité : découpages en miroir, à-plats en trois couleurs (blanc, rouge, bleu), paysages tout en lignes droites, récurrences nocturnes, horizons sans fin tout juste perturbés par quelques rondeurs, une chevelure, des arbres, des lumières de phares… Histoire d’éveil partagé à la conscience mais aussi réflexion sur l’obsolescence et le désespoir, Tes yeux ont vu est un album qui peut frustrer par ses non-dits, mais surtout confirme la hauteur de vue d’un vrai talent. Un conte moderne émouvant.

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