Goetz
Les Terriens ont débarqué sur une luxuriante planète, où vivait dans une paix relative un autre peuple humain, sans technologie. Comme à leur habitude, les colons ont déboisé, creusé, construit de hautes murailles et ont écrasé les populations locales et leurs traditions. Mais dans le camp d’en face, le terrible seigneur de guerre Goetz, chien fou nourri à la haine et à la cruauté, pactise avec les dieux pour se débarrasser de l’envahisseur. Mais jusqu’où est-il prêt à aller pour imposer sa loi ? Et est-il condamné à n’être que brutalité et destruction ?
Comme il est expliqué dans le long making of en fin d’ouvrage, ‘Fane (Joe Bar Team) porte cette histoire depuis longtemps. Il s’est inspiré du personnage de la pièce de Jean-Paul Sartre Le Diable et le Bon Dieu : Goetz est un chef de guerre barbare qui relève le défi lancé par un prêtre de se mettre à faire le bien. L’utopie tournera court. Ici, c’est la même chose : après avoir pris le pouvoir, en trahissant son roi et en pactisant avec des divinités, Goetz accepte comme ultime défi de renoncer à la violence et d’imposer cette nouvelle philosophie bienveillante à son peuple. L’idée est intéressante, certes, et le décor créé ici par ‘Fane – de la SF fantasy musclée et spectaculaire – lui donne par moments des accents shakespearien. Le trait sculptural, toujours épatant, de Didier Cassegrain (Nymphéas noirs) n’y est pas pour rien.
Hélas, rien qui ne suffise à sauver l’album. Premier problème, la structure du livre est déséquilibrée : la première partie, celle de la conquête, s’étend sur quelque 120 pages de sang et de fureur, tandis que la seconde – sur la vaine tentative du personnage éponyme de faire le bien, qui paraît la plus intéressante – doit s’en contenter de 50. Ce n’est pas un détail, car, et voilà le souci principal de l’album, tout le début se complait dans une accumulation de séquences de violence gratuite, et entretient une forme de culture du viol qu’on pensait enfin enterrée en BD : Goetz possède une esclave sexuelle dans sa tente, la frappe et la viole à sa guise, et la victime finit par aimer son bourreau, jusqu’à se laisser mourir quand enfin elle s’en émancipe… C’est insupportable, et ce n’est pas parce que l’idée de cette histoire est ancienne qu’on doit la publier ainsi aujourd’hui. Le reste du scénario comporte aussi de nombreuses faiblesses, dans la crédibilité de ses rebondissements, la vacuité des figures secondaires et la pauvreté de sa conclusion. Mais s’il n’y avait que ça, ce serait encore acceptable.




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