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L’aventure du studio Ghibli racontée de l’intérieur

11 mai 2012 |

Retour sur un intéressant ouvrage qui nous plonge au coeur d’un des studios d’animation les plus imaginatifs des 25 dernières années : Dans le studio Ghibli – travailler en s’amusant.

suzuki_toshio« Faire de bons films, c’est ça, l’objectif de Ghibli. La pérennité et le développement de l’entreprise passent après. C’est la différence avec une entreprise normale. » Voilà comment Toshio Suzuki résume sa vision de l’animation et tout l’enjeu du célèbre studio, dans l’ouvrage Dans le studio Ghibli – travailler en s’amusant, paru chez Kana à l’automne dernier.

Aujourd’hui membre du conseil d’administration et producteur de Ghibli, Toshio Suzuki a commencé en tant que rédacteur en chef d’Animagetout premier magazine à parler exclusivement d’animation au Japon (voir ci-dessous, un extrait d’un article sur Miyazaki datant de 1981). Dans ce cadre, il avait pris contact avec les deux réalisateurs devenus les piliers du studio: Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Autant le dire tout de suite, le premier échange téléphonique avec eux était archi froid ! ghibli_animageToshio Suzuki ne s’est pas démonté et s’en est allé les rencontrer pour un article. Il lui a fallu plus d’une semaine pour décrocher un mot de Miyazaki, mais également de nombreuses visites pour dérider Takahata.

A partir de là, ils se sont rencontrés à plusieurs reprises pour le travail, mais aussi de manière informelle. Le journaliste ne mit pas longtemps à découvrir qu’une relation forte d’amitié et de confiance liait Takahata et Miyazaki. Pour le premier, l’auteur assure qu’il « montre des capacités hors pair en tant que producteur puis, une fois qu’il endosse le rôle de réalisateur, il fait vraiment le désespoir du producteur. Son perfectionnisme est total ». Hayao Miyazaki s’est révélé quant à lui être un travailleur infatigable, et affirme sans vergogne que Toshio Suzuki serait « le descendant d’un paresseux géant »… Cela n’empêcha pas les trois hommes de tisser des liens solides et durables.

Bien qu’il ne l’intègre officiellement qu’en 1989, Toshio Suzuki a participé à la fondation de la société Ghibli (en 1985) et aux œuvres précédentes des deux réalisateurs. Il a d’ailleurs travaillé sur Nausicaä de la vallée du vent, républié dans la revue Animage à compter de février 1982. Pour l’anecdote, Miyazaki pensant que de bon dessins animés sont forcément tirés d’une œuvre originale, le réalisateur s’est dit : « Bon, eh bien, je pourrais dessiner l’œuvre originale. » Il a alors développé le projet en manga pour ensuite le transposer à l’écran.

ghibli_croquisL’ouvrage détaille également les méthodes de travail totalement différentes de Miyazaki et Takahata. Observateur méticuleux, le premier n’utilise que  rarement de la documentation, préférant travailler d’après ses souvenirs et son imagination. Il commence aussi systématiquement ses dessins avant d’avoir bouclé le scénario (cela pose parfois des problèmes !). Au contraire, Isao Takahata ne laisse rien au hasard et « pousse le réalisme à l’extrême. Même les pains représentés dans Heidi ont été dessinés après des recherches approfondies ».

Si Toshio Suzuki travaille avec deux hommes influents et reconnus, cela ne l’empêche pas de donner régulièrement son point de vue. Au fil des pages, il fait par exemple remarquer, à juste titre, que Miyazaki a une vision idéalisée de la femme. Véritables piliers de la société, les femmes ont un rôle primordial dans chacun de ses dessins animés. La représentation des relations hommes/femmes est tout aussi idéalisée : « Normalement, on se rencontre, puis on cherche à discerner les sentiments de l’autre. Il y a un ordre, une progression, n’est-ce pas ? Mais dans les anime de Miyazaki, l’amour est réciproque à 100% dès les premiers instants. »

Suzuki raconte aussi la difficile décision de mettre Gorô Miyazaki aux commandes du film d’animation Les Contes de Terremer, alors qu’il n’avait jamais été réalisateur et malgré l’opposition de Miyazaki père. Il faut dire qu’« être le fils de Hayao Miyazaki et adapter, pour un premier film, l’œuvre qui, de notoriété publique, a influencé le plus son père, c’était une pression terrible ». A présent, Toshio Suzuki ne regrette en rien ses choix, et la beauté du second film de Gorô Miyazaki (La Colline aux coquelicots) ne fait que confirmer sa bonne intuition de producteur.

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Au final, cet essai livre son lot d’anecdotes et détails intéressants sur la création et le fonctionnement du studio Ghibli. Ce qui fait sa force est avant tout son point de vue original (aucun autre ouvrage ne parle du studio de l’intérieur), mais aussi la richesse de son propos. Toshio Suzuki est disert et agréable à lire. Il a le sens de la mise en scène et sait raconter son histoire avec précision. De quoi combler les fans de Ghibli.

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Dans le studio Ghibli – travailler en s’amusant.
Par Toshio Suzuki.
Kana, 12,70 €, octobre 2011.

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